De Constance à Bâle
Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, de Constance à Bâle : un compte rendu d'itinéraire instructif, avec des conseils pratiques, les points forts du parcours et des anecdotes sur le Haut-Rhin.

Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, de Constance à Bâle : un compte rendu d'itinéraire instructif, avec des conseils pratiques, les points forts du parcours et des anecdotes sur le Haut-Rhin.

Sept jours riches en découvertes, propices à la réflexion, mais aussi éprouvants. 180 km à travers les couleurs de la fin de l'automne, au cœur d'un paysage chargé d'histoire et de culture. Des Celtes aux Romains, en passant par les nombreux édifices religieux chrétiens, anciens et plus récents, nous avons pu découvrir une grande richesse culturelle.
Du 11 au 17 octobre 2017
Dès le départ, en passant devant le château épiscopal de Markdorf, le lien avec mon point de départ, Constance, s’est imposé. À l'époque du concile de Constance, Markdorf était la résidence d'été des évêques de Constance. Meersburg porte également des traces évidentes de cette période. À Constance, on peut voir le bâtiment même du concile, qui rappelle cette époque remontant à 600 ans.
Quel est le plus beau tronçon des chemins de Compostelle ?
On me pose sans cesse ces questions, posées par des « non-pèlerins » curieux. Je réponds alors toujours que cette question n’a pas lieu d’être et que les jugements ne font pas avancer le pèlerin. Ce serait tout aussi difficile de répondre à la question de savoir quel moment de notre parcours de vie a été particulièrement marquant.
Mais bien sûr, le trajet Constance-Bâle a vraiment quelque chose de spécial ! Surtout quand on profite de cet « octobre doré », avec un temps magnifique et les arbres parés de leurs plus belles couleurs d'automne.
Quiconque se laisse séduire non seulement par la nature aux couleurs somptueuses, mais aussi par l'histoire de cette région, ne manquera pas d'être impressionné par ce que cette terre a à offrir, depuis les Celtes jusqu'aux territoires de l'Autriche antérieure, en passant par les Romains, les Alamans, les Francs, les Mérovingiens, les Carolingiens, les Staufer et les Habsbourg.
La période de la Réforme, Helvetia, les guerres paysannes et les soulèvements ouvriers sont également visibles d'un endroit à l'autre. De nombreux châteaux forts et châteaux se trouvent le long du parcours. De magnifiques églises et monastères témoignent d'une époque mouvementée dans une région tout à fait particulière.
Redécouvrir d'anciens itinéraires ! Telle pourrait être la devise pour parcourir ce tronçon de chemin.
Même « autrefois », pour rejoindre Bâle, plaque tournante du pèlerinage, il fallait suivre le cours du Rhin depuis Constance. Le nouveau balisage et la nouvelle description de cet itinéraire, réalisés par Berthold Burkhardt et Hans-Jörg Bahmüller, constituent un enrichissement précieux.
À quelle distance se trouve Santiago, au juste ?
Cette question revient sans cesse, et il y a aujourd’hui des gens qui veulent y répondre avec une précision absolue grâce au GPS. Le résultat est toujours imprécis et, pour beaucoup de curieux, extrêmement insatisfaisant. Il faut dire aussi que les chemins balisés aujourd’hui ne correspondent pas aux chemins « d’autrefois », car personne n’aime marcher sur les autoroutes ou les routes nationales. Il existe par ailleurs plusieurs variantes, mais cela n’a d’ailleurs aucune importance, car c’est le plaisir du voyage qui attire le pèlerin.
Bon, essayons quand même de satisfaire notre curiosité. D'après le panneau indicateur à Constance, il y a 2 340 km jusqu'à Einsiedeln en passant par Constance. En passant par Bâle, Gy et Le Puy, c'est 2 374 km, et en passant par Bâle et Vézelay, 2 227 km.
Conclusion : il est inutile de s'attarder sur cette différence, car les détours causés par des erreurs d'inattention en cours de route sont à eux seuls bien plus graves.
C'est aussi toujours un moment particulier de croiser, au cours de ses déplacements, des gens qui sont ravis d'échanger quelques mots.
Il est également étonnant de constater combien de personnes racontent ensuite avoir parcouru des tronçons du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et être déjà arrivées à destination, à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Je rédige ce récit de pèlerinage pour moi-même, afin de revivre ces journées magnifiques et riches en expériences, de les approfondir et de les préserver de l'oubli. Peut-être servira-t-il également à l'un ou l'autre ami pèlerin de petit guide pour l'organisation de son voyage, ou encore de source d'inspiration. Pour toutes les personnes qui ne peuvent pas marcher, ce récit sera un témoignage.
J'ai sciemment choisi cette voie pour ma belle-mère Erika, qui est décédée récemment, peu avant son 90e anniversaire. C'est une bénédiction de pouvoir se déplacer librement.
Ce fut à nouveau une belle expérience de voyager seule et en toute légèreté.
Le départ se fait à l'arrêt de bus de Leimbach. Le bus est principalement rempli d'élèves qui se rendent à Markdorf et à Meersburg. Mes petits-enfants Ida et Mathis sont également de la partie ; ils m'accompagnent à Meersburg. Il y a quelques années, j'avais déjà fait le trajet de Brochenzell à Constance avec eux. La jeune génération de demain s'étonne qu'un grand-père veuille partir de son plein gré en randonnée avec son sac à dos. Une fois arrivés sur le ferry, un magnifique lever de soleil se dessine et la journée s'éveille.

Une fois arrivé à Constance, je passe devant le palais du concile ; l'Imperia, avec sa symbolique évocatrice, attire mon regard tandis que je me dirige vers la cathédrale.
C'est ici que, depuis des siècles, les pèlerins prennent la route vers le sud-ouest, en direction de l'Espagne.
Aucun pèlerin n’est jamais parti sans avoir vu la rotonde de l’île Maurice où repose saint Jacques. Je n’ai pas eu la chance de vivre ce moment, car j’étais tout simplement arrivé trop tôt et les portes étaient fermées. Une brève pause devant la colonne mariale, puis je me suis mis en route.
Je passe devant l'église Saint-Étienne et l'église Luther en direction du poste-frontière de Tägerwilen, vers la Suisse. Me voilà déjà en chemin à travers les champs de légumes, et les agriculteurs me saluent d'un « Grüezi » amical. Soit dit en passant, je suis désormais un étranger. Ça va si vite !
En quelques instants, j'atteins la ceinture de roseaux du lac de Constance et, à travers le brouillard, j'aperçois les habitations de Constance sur l'autre rive. La localité suivante est chargée d’histoire, car c’est ici, à Gottlieben, au château de Drachenburg, que Jan Hus et l’un des « trois » papes (Jean XXIII) ont été emprisonnés. Jan Hus a ensuite été brûlé sur le bûcher.

Ce lieu paisible attire des touristes en toute saison. C'est ainsi que trois motards de Bamberg, qui venaient de se mettre en route, m'ont abordé avec compassion et m'ont proposé une place sur leurs « machines infernales ». À chaque chose son temps ! J'étais déterminé à faire ce pèlerinage.
Le long du sentier qui longe le lac, on découvre sans cesse des panoramas paisibles et idylliques qui procurent un sentiment de bonheur et de sérénité. Ce parcours est bien connu pour les nombreuses randonnées à vélo qui font le tour du lac.
La perception est toutefois tout à fait différente, car le mouvement s'effectue de manière beaucoup plus lente et consciente. Le simple temps qu'il faut à un randonneur pour voir défiler l'île de Reichenau est impressionnant.
On aperçoit alors bientôt la Höri, de l'autre côté de l'Untersee. Triboltingen, Ermatingen, Salenstein, Mannenbach, Berlingen et Steckborn sont les jolis villages qui jalonnent le parcours. Les maisons à colombages alémaniques, anciennes et très anciennes, toutes parfaitement entretenues, racontent une histoire passionnante. Sans oublier le domaine d'Arenenberg, étroitement lié à Napoléon III et à sa famille.

Partout dans les jardins, on travaille d’arrache-pied. D’immenses montagnes d’arbres anciens et vénérables m’accompagnent. Pourquoi cette splendeur de la nature a-t-elle été supprimée ? Un jardinier m’explique. La tempête de la nuit du 2 août a causé ici des ravages qui dépassent la mémoire d'une génération. Des saules, des peupliers et des conifères, dont certains avaient plus de 200 ans, ont été abattus par la tempête.
C'est à Mammern, non loin de Stein am Rhein, que j'ai commencé à chercher un endroit où loger. Chez Romi et René Kuhn, j'ai trouvé une chambre confortable et des hôtes très sympathiques. Une journée fatigante mais agréable touchait à sa fin.
Au cours d'un petit-déjeuner très copieux, une conversation très intéressante s'est engagée, car René, pendant sa carrière, avait beaucoup voyagé en Asie et se sentait presque chez lui en Chine. Les adieux ont été difficiles, mais je voulais profiter des premières heures de la matinée pour prendre la route.
On apercevait bientôt Eschenz depuis une colline. En arrière-plan, Stein am Rhein et le château de Klingenburg scintillaient sous le soleil matinal. C'est à Eschenz que l'Untersee prend fin et que le Rhin renaît.

Ce lieu discret possède un passé romain très riche. Il abritait autrefois un poste de contrôle sur la route commerciale reliant le Rhin au lac de Constance et vice-versa. D'importantes découvertes archéologiques témoignent de cette époque.
Le monastère de l'île de Werd est lui aussi un véritable joyau qui témoigne de plus de 1 200 ans d'histoire chrétienne. Saint Ottmar, fondateur du monastère de Saint-Gall, fut retenu ici, à Werd, durant ses dernières années et y mourut en 759.
Il est toujours intéressant de voir comment ces lieux énergétiques agissent lorsqu'on est prêt à s'y ouvrir.
Sur ce petit coin de terre se trouve également un labyrinthe calqué sur celui de la cathédrale de Chartres. J'ai parcouru avec attention ces 444 mètres symboliques et j'y ai puisé de l'inspiration.
De retour sur la rive, je relis sur les panneaux d'information l'histoire passionnante des Romains et du monastère. J'arrive bientôt à Stein, où je découvre des paysages dignes d'une photo de calendrier, comme je n'en avais jamais remarqués auparavant.
Le chemin continue sur la rive gauche du Rhin jusqu'à Wagenhausen. L'ancienne prévôté bénédictine se trouve au bord du Rhin. L'église, vieille de près de 1 000 ans, est l'une des plus anciennes églises romanes de Suisse orientale. On ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment de respect.

Les sentiers sont vraiment d'une beauté unique. Il s'agit de chemins piétonniers et de sentiers battus qui longent directement le Rhin. La prochaine étape est la ville frontalière de Diesenhofen, avec son pont en bois vieux de 200 ans qui mène à Gailingen, en Allemagne. Depuis 1800, cette localité fait partie de la Thurgovie.
Le prochain site incontournable à ne pas manquer est l'ancien couvent des Dominicaines de Katharinental. Depuis près de 800 ans, on y travaille, on y construit et on y prie. Aujourd'hui, il abrite une clinique de rééducation et un établissement de soins de longue durée.
S'ensuivent alors huit kilomètres de nature à l'état pur. Le Rhin, des forêts, des roseaux, des marécages et des traces évidentes laissées par des castors infatigables. Schaffhouse apparaît alors à l'horizon. Un ensemble merveilleux, qui s’est construit au fil de dix siècles et qui fait partie de la Confédération helvétique depuis 500 ans. Mon chemin me mène par le pont sur le Rhin, à travers la vieille ville bien entretenue, jusqu’à l’auberge de jeunesse « Belair » dans la Randenstraße. Un sentiment de bonheur m’envahit lorsque j’aperçois ces remparts vieux de 500 ans avec leurs belles tours jumelles. La chambre dans la tour, là-haut, ce serait parfait !
Et en effet, cette chambre m’attendait. C’est ici, dans cette maison, qu’Hermann Hesse a écrit son roman « Rosshalde » en 1914. Il règne dans cette maison une atmosphère agréable, et la chambre Hesse offre calme et détente. Une journée impressionnante. Les pèlerins ont besoin de bien plus que leur raison pour trouver leur chemin !
Assis au petit-déjeuner au milieu de plusieurs groupes d'enfants, j'écoute les différents dialectes de la Suisse. Je me lève à nouveau de bonne heure et je flâne en direction de la vieille ville.
En chemin, un promeneur m'interpelle pour me demander où je vais. Bien qu'il doive en réalité se rendre à la gare, il m'accompagne à travers un vieux parc magnifiquement aménagé et me montre un raccourci qui me ramène au Rhin. Après une conversation animée, nous reprenons chacun notre chemin. N'est-ce pas charmant ?

Le soleil a de nouveau la force de dissiper la brume. L'ambiance automnale laisse présager une nouvelle belle journée. Je vais bientôt arriver aux premiers rapides. On entend déjà le grondement de l'eau qui dévale. Sur la rive droite du Rhin, je m'approche des chutes du Rhin. Bien qu'il soit encore tôt, je ne suis pas seul à assister à ce spectacle naturel grandiose. Des visiteurs venus des quatre coins du monde ont déjà été amenés ici en bus pour admirer la plus grande cascade du monde. Je n'ai encore jamais vu la cascade de ce côté-là.
Au bout d'une demi-heure de marche, j'ai quitté cet endroit, tant visuellement qu'acoustiquement. Je m'engage désormais sur des sentiers tranquilles en direction d'Altenburg. Plongé dans mes pensées, j'ai dû manquer un panneau indicateur et je me retrouve bientôt dans une forêt sans sentier. Mais en me fiant à mon intuition et à mon ouïe, j'ai réussi à retrouver le « bon chemin ».
Peu avant Rheinau, les balises sont réapparues. La pleine conscience est un excellent compagnon dans toutes les situations de la vie.
Depuis 1324, le pont de Rheinau relie l'Allemagne à la Suisse. Je me trouve depuis quelque temps déjà du côté allemand du Rhin. En passant par Balm, j’arrive à Lottstetten. Comme beaucoup de localités frontalières allemandes, cette ville a agrandi ses parkings devant les centres commerciaux afin de pouvoir accueillir les véhicules des clients suisses. On entend également le schwyzerdütsch dans les cafés du village.
Je fais ici une petite pause avant d'entamer le tronçon de montagne qui suit. Le sentier monte d'environ 400 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu'à 700 mètres d'altitude. Le soleil me brûle le dos et je m'arrête de temps en temps pour faire de petites pauses.

Jeter un coup d'œil en arrière est toujours une récompense pour l'effort fourni. Heureusement que ma gourde est pleine. Je me trouve désormais sur le sentier d'altitude du Haut-Rhin. Bientôt, la forêt de feuillus, dense et colorée, commence et je me retrouve seul, pendant de nombreux kilomètres, au cœur de la magnifique nature de Dieu. Le bruissement des feuilles sèches sous mes pieds m'accompagne.
La frontière verte avec la Suisse change sans cesse d'ici. Je longe ensuite une crête qui marque exactement le tracé de la frontière. De belles et anciennes bornes me le signalent.
À environ 650 mètres d'altitude se trouve mon hébergement du jour, au Kaiserhof, chez la famille Kaiser. Les Kaiser exploitent encore leur ferme comme au bon vieux temps. On y trouve toutes les espèces animales classiques d’une ferme. Mais aussi des lamas, un élevage de chiens de berger australiens et des gerbilles chiliennes. D’ici, j’ai une vue imprenable sur le Klettgau.
Après un copieux petit-déjeuner campagnard, je me prépare mentalement pour l'ascension qui m'attend. Après avoir gravi quelques mètres de dénivelé, j'atteins la couche de brouillard et j'espère maintenant que le soleil aura la force de dégager la vue. Mon vœu a été exaucé au bout d’une heure, et le pylône de transmission du Wannenberg est alors baigné par le soleil matinal. C’est un cadeau incroyable que de pouvoir parcourir un tel paysage par une journée comme celle-ci.

Le chemin continue à monter et nous atteignons bientôt le point culminant de ce pèlerinage, à 697 mètres d'altitude. Je suis heureux d'avoir choisi cette étape. Dans le ciel apparaissent désormais, toutes les cinq minutes, d’énormes oiseaux blancs qui descendent en piqué en direction de Kloten. Ceux qui suivent de temps à autre dans les médias les plaintes émanant de la région de Waldshut peuvent ici se faire une idée de ce que signifie vivre dans un couloir d’approche.
Je ne suis plus très loin de Küssaburg. Le château m'accueille depuis un moment déjà au loin et m'invite à m'y attarder. Cette forteresse a été érigée il y a 800 ans et a connu une histoire mouvementée et riche en rebondissements. Il règne une atmosphère tout à fait particulière ici, au sommet du donjon. Les vieux remparts sont baignés par la lumière du soleil sous son meilleur jour. La vue sur la vallée du Rhin et, de l’autre côté, sur le Klettgau, est obstruée par l’épais « coussin de coton » que forme le brouillard. Quelques montagnes pointent tout juste le bout de leur nez à travers la couverture de brouillard. Et les « oiseaux blancs » bourdonnent sans cesse ! J’admire longuement ce spectacle mêlant nature et technologie avant de m’engager sur la descente raide vers Bechtersbohl.

Après avoir traversé ce petit village, le chemin remonte encore un peu. À partir de là, il descend vers le Rhin. Au-dessus d’Unterlauchringen, dans une clairière, se dresse un impressionnant mémorial dédié aux soldats tombés au combat lors des deux guerres mondiales. Je m'assois ici un moment et je réfléchis à ces guerres absurdes, aux millions de victimes, à la soif de pouvoir des politiques et à la cupidité de l'industrie.
D'ici, il n'y a plus loin jusqu'à la Wutach et Tiengen. Me voilà de nouveau plongé dans le bruit de la circulation et la civilisation. Après avoir traversé la zone industrielle, je rejoins le Rhin au bout de quelques kilomètres, puis l'embouchure de l'Aar. L'Aar, qui prend sa source dans les Alpes bernoises, se jette dans le Rhin après un parcours de près de 300 kilomètres. C'est l'affluent le plus abondant du Rhin.

Voici un joli camping qui propose également des chambres pour les pèlerins. Je vais m'y arrêter ce soir. Mais je veux d'abord visiter la vieille ville de Waldshut. Bien que je sois déjà venu plusieurs fois à Waldshut par le passé, je n'avais jamais découvert la beauté de sa vieille ville. J'ai également été surpris par l'histoire mouvementée de cette ville vieille de 750 ans.
En rentrant au camping, je me suis rendu compte à quel point le temps qu'un retraité en pleine forme peut passer en balade est précieux. Quel luxe !
Le Rhin scintille d’un éclat argenté lorsque je m’engage sur le sentier qui longe la rive vers 9 h. C’est la deuxième fois que j’emprunte ce tronçon de chemin. Il m’est déjà familier et c’est un vrai plaisir. Le soleil a complètement dissipé la brume. La centrale nucléaire de Leibstadt, en Suisse, se dévoile ainsi dans toute sa grandeur. Un monument de la modernité que les pèlerins verront encore dans 10 000 ans. Elle brillera encore dans 1 000 000 d'années. Les vestiges des constructions romaines n'ont que 2 000 ans.

En passant par Dogern, j'arrive à Albbruck et je repasse sur la rive gauche du Rhin, du côté suisse. À Schwaderloch, je tombe sur un poste de garde, qui servait autrefois à sécuriser le pont. C'est dimanche, le village est désert. Je m'attendais à assister à une messe dans l'église située sur la colline. Mais j'étais finalement le seul visiteur dans cette belle église.
J'ai chanté quelques chants tirés du recueil de cantiques. Ça sonnait bien et c'est le cœur léger que j'ai poursuivi mon chemin. Le sentier monte en pente raide à travers la forêt.

Arrivé à la lisière de la forêt, j'aperçois, en bas dans la vallée, le village d'Ezgen. Une course populaire y a lieu en ce moment. Là aussi, une femme m'aborde ; elle a fait le pèlerinage des Pyrénées à Saint-Jacques-de-Compostelle au printemps.
En passant par Sulz, où je tombe à nouveau sur des fondations romaines, j'arrive au Rhin. C'est par ces chemins que les flotteurs remontaient autrefois le fleuve à pied pour rentrer chez eux. Les panneaux d'information témoignent de manière saisissante de la dureté et de la dangerosité de ce métier.
Assis sur un banc au bord du Rhin, je fais une longue pause et j'ai sous les yeux les deux Laufenburg (Suisse / Allemagne). Une fois arrivé dans ces villes, je constate qu'une grande fête y est célébrée en commun. Il règne une belle ambiance, notamment sur le vieux pont.
Ces deux villes ont plus de 800 ans. Le légendaire carnaval existe, selon les sources, depuis plus de 600 ans et est organisé, pour les deux villes, par une corporation commune.

J'en profite également pour rendre visite à la famille Endele, avec qui je suis ami. Leur accueil chaleureux et la conversation agréable autour d'un café et d'une part de gâteau ont été une expérience formidable et inattendue. Contrairement à l'itinéraire officiel, je continue du côté allemand. En passant par Murg, j'arrive à Bad Säckingen à la tombée de la nuit. Il n'est pas du tout facile de trouver une chambre (à un prix abordable) ici.
Un habitant d'origine étrangère m'a alors spontanément donné un coup de main. Même si aujourd'hui a été la journée la plus longue, je suis arrivé tout à fait détendu. Ma condition physique s'est à nouveau très bien rétablie.
Depuis l'hôtel Fährmann, la vieille ville n'est pas loin. C'est justement jour de marché, ce qui anime le centre-ville. À la cathédrale Saint-Fridolin, je prends congé et repense avec gratitude à ces belles journées. Un couple de Nuremberg, qui visitait également l’église, s’était déjà rendu à Saint-Denis-de-Caux et m’a raconté avec enthousiasme ses expériences. Une fois de plus, la coquille Saint-Jacques était au
Sac à dos « Kontaktbrücke ».

Il y a près de 1 500 ans, lorsque le moine itinérant irlandais Fridolin, venant de Saint-Gall, fonda plusieurs monastères à Bad Säckingen et dans la région du Rhin supérieur, la légende de saint Jacques n’existait pas encore en Espagne. Outre le trompettiste de Säckingen, il y aurait encore bien d’autres détails intéressants à raconter, car cette ville, mais aussi la région, ont beaucoup à offrir.
Depuis 750 ans déjà, hommes et animaux, y compris les pèlerins, empruntent ce vieux pont en bois.
De retour sur la rive gauche du Rhin, je profite d'une balade agréable au bord de l'eau. Quelques vestiges romains, notamment une tour de guet et un fort construit vers 250 après J.-C., près de Rhyburg, jalonnent mon parcours. On peut également y voir des constructions plus récentes. De nombreuses centrales hydroélectriques ont été construites et fournissent des quantités considérables d'énergie.
En Suisse, on remarque que les communes ont aménagé de nombreux emplacements de barbecue pour les habitants et qu'ils sont très bien entretenus. Je m'arrête régulièrement pour échanger quelques mots avec les gens. Vers 15 h, j'arrive déjà à Rheinfelden (CH).

Mon idée est de marcher encore un peu après une courte pause, afin d’arriver un peu plus tôt à Bâle demain. Plus on se rapproche de cette ville située au coude du Rhin, plus il devient difficile de trouver une chambre à un prix abordable. Les particuliers louent leurs chambres d’hôtes entre 120 et 150 francs suisses, petit-déjeuner non compris ! À Rheinfelden-Baden, j’ai de la chance : je trouve une chambre dans un restaurant grec. Je rejoins mon hébergement en traversant le vieux pont sur le Rhin, orné des drapeaux cantonaux suisses et des drapeaux des Länder allemands.
Je fais un tour dans les deux Rheinfelden et je retrouve le soir même une chère amie de voyage. Theresia habite tout près d’ici et se réjouit elle aussi que nous puissions nous revoir et échanger. Cela fait 11 ans que nous ne nous sommes pas vues. Nous avons l’impression que c’était hier. Impatiente de découvrir ma destination de demain, je retraverse le pont et je remercie le ciel pour cette belle journée bien remplie. Il fait encore agréablement chaud.
Peu après 8 h, je roule déjà sur le vieux pont en direction de la Suisse. Plusieurs visites sont au programme aujourd’hui. De nouveau vêtu d’une chemise à manches courtes et d’un chapeau, avec une veste imperméable, une polaire, un bandeau, des gants et un anorak dans mon sac à dos, je profite du soleil.
Rheinfelden était un important centre d'approvisionnement pour Augst (Augusta Raurica), fondée vers l'an 44 après J.-C. C'est de là que provenaient l'eau potable et les matériaux de construction.

Le chemin vers Augst est agréable et je me retrouve bientôt devant le premier panneau arborant le symbole des colonnes, qui indique les fouilles romaines. L'ancien établissement thermal a été reconstruit. On peut y voir les canaux de chauffage souterrains du plancher chauffant. Dans tout le village, on trouve plusieurs vestiges de cette époque. Un théâtre a également été réaménagé de manière à pouvoir accueillir des représentations. Après tout, cette ville comptait autrefois environ 20 000 habitants. Un musée expose de nombreux trésors datant de l’époque romaine. Un parcours détaillé, agrémenté de nombreux panneaux explicatifs très instructifs, offre un excellent aperçu de l’époque romaine. Vraiment très impressionnant.
En longeant à nouveau le Rhin par des sentiers romantiques, les installations industrielles de Schweizerhallen apparaissent peu à peu. Un pont en acier enjambe ensuite la voie ferrée et l'autoroute pour mener à la zone industrielle, et le romantisme prend fin. Il faut franchir plusieurs ponts au-dessus de la voie ferrée et de l'autoroute, puis j'arrive à Muttenz. Ici, les travaux de construction battent leur plein et chaque petit coin est mis à profit pour des extensions.

Je ne suis plus très loin du quartier de Bâle et du centre de pèlerinage de Saint-Jacques. Ici, tout porte ce nom : le stade du FC Bâle, le centre commercial et le parking. Sans oublier, bien sûr, l'« Alte Gaststätte » et l'église.
Je ne suis pas encore arrivé à ma destination du jour, mais je m'offre ici une bière bien fraîche et j'imagine une foule de pèlerins.
Il y a 900 ans, une église aurait déjà été érigée ici pour accueillir les pèlerins. C'est ici, puis plus tard à l'hospice, que les pèlerins passaient la nuit avant de poursuivre leur route vers le Jura, Le Puy ou Vézelay. Ma destination du jour est la cathédrale, située au centre-ville.
Le chemin qui y mène longe le canal d'Alban et mène au quartier du même nom. Le monastère de Saint-Alban abritait autrefois une auberge pour pèlerins. Aujourd'hui, on y trouve une très belle auberge de jeunesse qui accueille également les pèlerins.
On arrive ensuite à une petite montée, puis au faubourg de Saint-Alban. De là, on aperçoit déjà les imposantes tours rouges de la cathédrale. Sur le plateau de cette élévation, l’histoire s’est déroulée depuis très longtemps. À elle seule, l’église aurait été construite, modifiée et agrandie au fil des époques depuis déjà 1 200 ans. Se tenir dans ces immenses nefs ou dans la crypte procure à chaque fois des moments qui suscitent un émerveillement mêlé de respect. Il ne fait aucun doute que de tels édifices contribuaient autrefois à convaincre les citoyens qu’il existait quelque chose de plus grand que l’homme : le Créateur, la Création, ou tout simplement Dieu.

Après un moment de réflexion, j'ai décidé de partir d'ici, un de ces jours, pour me rendre en Bourgogne, au Puy.
Comme j'avais atteint ma destination si tôt dans la journée, j'ai eu l'idée de rentrer à Markdorf depuis la gare de Bâle-Baden avec le billet BW. Je suis parti peu avant 18 h.
De nombreux tronçons du parcours que j'ai parcourus pendant sept jours, dans la joie et l'enthousiasme, défilent désormais devant mes yeux dans la lumière du couchant. À Markdorf, je prends encore le temps de rentrer chez moi pour m'y installer.
Marcher lentement, en toute confiance, dans le calme, avec légèreté, mais en restant attentif et vigilant : voilà ce qu’est le pèlerinage.
D'autres disent aussi qu'on prie avec les pieds. Oui, c'est un pur luxe !
Une fois rentré chez moi, je ne cesse de constater à quel point ce pèlerinage fait du bien au corps, à l'esprit et à l'âme !
Les pèlerins ne cessent de répéter : « Celui qui part finira toujours par rentrer chez lui ».
Le pèlerinage : il n'y a guère de meilleure façon de découvrir le pays et ses habitants, sa patrie et soi-même !
Dommage toutefois qu'il n'y ait pas eu de tampons de pèlerin à obtenir pour le carnet de pèlerin sur ce (ancien / nouveau) itinéraire.
Jakob Strauß
