Le récit de Sara décrit son voyage spirituel de 29 jours à Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle y a trouvé de la camaraderie, la paix intérieure et une capacité à se concentrer sur l'essentiel.
1 juillet 20268 min de lecture
Je me souviens encore de l'histoire du petit Jakob, qui a parcouru le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2010. Son récit de cet univers lointain, mystique et enchanteur m'a tout de suite fasciné. Un pèlerinage de 800 km à pied ? Comment cela peut-il bien être ?
C'est ma curiosité pour cet « univers » qui m'a poussé à prendre cette décision : j'aimerais moi aussi vivre ça un jour !
Je n'avais jamais songé auparavant au chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ; le parcourir n'avait jamais été un objectif dans ma vie.
Mais les récits de Jacob et le nom de Santiago (même s'il ne s'agissait pas de la ville de Compostelle) m'ont donné l'impression que je devais m'y rendre.
C'était comme si quelque chose m'attirait irrésistiblement vers cet endroit.
Trois ans plus tard, le moment était enfin venu.
J'ai pris cette décision spontanément, sans trop y réfléchir. Je savais que ce voyage ne serait pas des vacances classiques, mais quelque chose dans mon cœur était plus fort. Je ne savais pas exactement ce qu'était ce « quelque chose », et c'est pour le découvrir que je me suis lancée dans ce voyage.
Je ressens encore aujourd’hui l’incertitude et les hésitations intérieures que j’avais à l’époque, avant de me décider définitivement à me lancer dans ce voyage. J’imaginais comment, un jour, je parcourrais ce chemin où je rencontrerais différentes personnes, vivrais des journées pluvieuses ou ensoleillées et ressentirais le froid ou la chaleur. Avec ces pensées et une foule d’émotions, mon sac à dos et un bâton de pèlerin, je me suis mis en route vers « mon chemin ».
À mon arrivée à la première auberge, j'ai reçu le premier d'une longue série de tampons sur mon carnet de pèlerin. Les tampons attesteraient du chemin que j'ai parcouru et me permettraient de trouver un hébergement dans des auberges.
L'auberge était bondée et, tout comme pour moi, le lendemain serait pour la plupart des pèlerins le premier jour de leur voyage. On pouvait clairement sentir l'euphorie, mais aussi la tension, même pendant la nuit. La plupart d'entre eux s'agitaient nerveusement dans leur lit et la lumière de leurs montres, allumées à force de consulter l'heure, illuminait la pièce. Malgré toute cette fatigue, j'ai moi-même eu du mal à m'endormir – j'étais moi aussi trop excité
Les nombreuses émotions que j'ai vécues au cours des 29 jours qui ont suivi ont été uniques tant par leur intensité que par la façon dont je les ai vécues. Marqué par la présence de pèlerins partageant les mêmes idées, par les églises majestueuses et les modestes chapelles qui font tout le charme des villages, par le bruissement du vent et le gazouillis vivifiant des oiseaux.
La magie poignante du chant grégorien, ces longues étendues plates qui semblent n’avoir d’autre but que de refléter le ciel autour de moi, ces innombrables étoiles qui ont illuminé tant de nuits sur ce chemin fascinant.
C'est comme dans la vraie vie : parfois, on fait le pèlerinage seul, parfois en groupe, et souvent, on trouve un véritable compagnon de route.
Je me souviens encore très bien de tous ces pays lointains d’où venaient les autres pèlerins et dont ils parlaient. De l’Afrique du Sud au Pérou, en passant par l’Inde. Mais plus souvent encore que les autres, ce n’étaient que mes pensées qui m’accompagnaient.
Ces moments où je me retrouvais en pleine nature, sans âme qui vive à l'horizon, entourée de montagnes, sentant le vent sur ma peau, j'avais l'impression que le temps s'arrêtait. La mélodie de cet environnement était une composition faite de ma respiration, du bruit de mon bâton de pèlerin frappant le sol caillouteux et du cliquetis de l'appareil photo avec lequel j'essayais d'immortaliser le caractère unique de ces instants.
Bonheur, plénitude, harmonie et paix intérieure. Ce sont ces moments et ces émotions que j'ai essayé de capturer.
Un jour, j'ai aperçu un village à l'horizon. De la fumée s'échappait des cheminées des maisons, et en m'approchant, j'ai senti cette odeur caractéristique de bois brûlé.
Dans un pré tout proche, un troupeau de moutons paissait. Lors de nos discussions avec les habitants du village, leurs yeux se sont illuminés lorsque nous leur avons parlé de la beauté simple de leur village et du bon goût de leur eau. Ils ne se rendent pas compte à quel point ils nous ont réchauffé le cœur, ni tout ce qu’ils nous ont appris et transmis. Sans eux, le paysage n’a aucun sens ; un voyage sans conversations ni contact avec les gens est inimaginable. En discutant avec les gens, je me suis rendu compte que presque tous cherchaient les mêmes réponses et avaient des idées similaires.
J'ai croisé sur mon chemin des pèlerins venant d'itinéraires très variés (certains suivaient le Camino Francés, d'autres le chemin portugais) et j'ai discuté de la vie avec eux. Cela crée un sentiment de solidarité, même si chacun d'entre nous suit un chemin différent.
En effet, nous empruntons souvent des chemins différents à la recherche du bonheur et de la satisfaction.
Mais même si un autre chemin ne correspond pas au nôtre, cela ne signifie pas pour autant qu'un des randonneurs s'est égaré.
Peu importe notre nom de famille, d’où nous venons, quel métier nous exerçons ou le montant de notre épargne bancaire. Au départ, nous étions tous différents, mais désormais, nous sommes tous égaux en tant que pèlerins, avec un sac à dos et un bâton de pèlerin à la main.
Malgré leur passé, ils m'ont tous apporté leur soutien, leur amitié, leur camaraderie, leur force et leur solidarité. Ils ont tous fait partie de mon parcours, et j'ai pu reconnaître en chacun d'eux mon objectif : Saint-Jacques-de-Compostelle.
Même si la fatigue et la soif étaient grandes, la beauté du chemin et la compagnie d’amis avec lesquels on pouvait réfléchir à la vie l’étaient encore plus. Ces nouveaux amis m’ont aidé à découvrir mon moi le plus profond, à ressentir la joie de la simplicité, à surmonter la soif et à oublier la fatigue.
Nous savons qu'il n'y a pas de ciel sans orages ni de routes sans accidents. Tout comme il y avait des pierres sur mon chemin, notre vie est souvent un chemin semé d'embûches, mais chaque obstacle surmonté m'apprend quelque chose et me rend plus fort
Si les nouveaux amis sont synonymes de bonheur, si les flèches jaunes indiquent la direction à suivre, alors les auberges sont un havre de paix. Le sentiment de sécurité que m'ont procuré ces auberges m'a donné la force et l'énergie nécessaires pour poursuivre mon chemin.
Je trouvais souvent refuge dans de simples auberges avec de l'eau froide et de vieux lits, et parfois dans des auberges où les meubles sentaient encore le neuf. Mais ce qui rendait toutes ces auberges si spéciales, c'était cette atmosphère unique que je n'échangerais pour rien au monde contre le moindre luxe. Soir après soir, lorsque je trouvais refuge dans une nouvelle auberge, mon âme était réchauffée par les sourires sincères, par la chaleur de la cheminée et par la rencontre d’autres pèlerins qui partageaient leurs aventures.
Soir après soir, je notais mes impressions dans mon journal intime. Mais il n'y a ni assez de journaux intimes pour contenir toutes ces émotions, ni de mots appropriés pour les décrire.
À l'aube du 28e jour, j'ai commencé à me remémorer tout ce que j'avais vécu, et sans m'en rendre compte, j'ai fondu en larmes. J'avais à la fois la nostalgie du chemin parcouru et le mal du pays pour ma famille.
Malgré tout, je tenais absolument à atteindre mon objectif.
Quand je suis enfin arrivé à Santiago, j'ai pris quelques jours pour me détendre et me remettre de mon périple en sac à dos. Il y avait tout simplement trop d'impressions, une infinité d'émotions, de nouvelles découvertes et de nouveaux amis, et un chemin… Mon chemin.
Ce chemin reflète le monde idéal dont on rêve. Le monde de la solidarité, de la poursuite d'un même objectif.
Dans un monde où l'on accorde moins d'importance aux biens matériels, il est plus facile de suivre cette voie.
Lorsque j’ai fait mon sac à dos avant le départ, je ne pouvais pas imaginer devoir me passer d’autant de choses pendant si longtemps. Mais j’ai finalement dû me résoudre à laisser certains vêtements et accessoires à la maison. Nous avons l'habitude d'accumuler un fardeau inutile que nous traînons ensuite tout au long de notre vie. Grâce à mon pèlerinage sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, j'ai appris à vivre avec l'essentiel.
Au cours de ce voyage, j’ai également entrepris un voyage intérieur à travers ma vie. J’ai réfléchi à tout ce que j’avais accompli et réalisé jusqu’alors, à toutes les occasions manquées, à la recherche de réponses aux questions restées en suspens. Même si je n’ai pas trouvé de réponses, j’ai pris conscience de l’importance de ces questions et je les ai gardées à l’esprit. Bon nombre des situations que j’ai vécues au cours de mon parcours sont profondément ancrées dans ma mémoire. Par exemple, il m’était facile de prendre des décisions en chemin, car j’étais guidée par toutes ces émotions positives.
J'avais l'impression que tout serait différent dès que je serais de retour à la réalité. Mais était-ce vraiment le cas ? Je pensais qu'après ce voyage, j'aurais du mal à me réhabituer à l'agitation de la ville, aux conversations superficielles avec les gens et à réorganiser ma vie selon un emploi du temps. Mais il s'est avéré que mes réactions face à ces situations étaient plus maîtrisées et moins impulsives, car j'avais désormais trouvé en moi un havre de paix intérieure. Depuis lors, cet espace intérieur de sérénité m'aide à prendre des décisions et à mieux distinguer l'essentiel du secondaire.
Après le chemin de Saint-Jacques, je n'ai pas seulement changé intérieurement, mais toute ma vie a changé.
Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle n'a pas de fin, il se poursuit dans notre quotidien.
J'aurais pu en écrire bien plus, sur tous ces lieux uniques, ces impressions indescriptibles et ces nombreuses nouvelles rencontres… mais la vérité, c'est que ce chemin ne peut pas être décrit… il faut le découvrir par soi-même… et il faut le vivre.