1 010 km à pied à travers l'Allemagne : Jakob nous fait partager son voyage émouvant, ponctué de hauts et de bas, et nous livre de précieux conseils, de Görlitz à Trèves.
1 juillet 20266 min de lecture
Quel beau parcours et quelle expérience !
Comme je l'ai dit, je suis parti de Görlitz et j'ai marché jusqu'à Eisenach en passant par Bautzen, Leipzig, Freyburg, Naumburg, le camp de concentration de Buchenwald et Erfurt. De là, j’ai emprunté le sentier d’Élisabeth, qui traverse de nombreux petits villages, jusqu’à Marbourg. De Marbourg à Wetzlar, point de départ officiel du Camino de la Lahn, j’ai suivi le sentier de randonnée de la Lahn. De là, j’ai traversé Weilburg, Villmar, Limburg et Bad Ems pour rejoindre Lahnstein. Le « Mosel Camino » a débuté sur la rive du Rhin opposée à Lahnstein, au château de Stolzenfels, et a traversé Alken, Traben-Trabach et Monzel pour rejoindre Trèves. La fin officielle du « Mosel Camino » se trouve près de la tombe de l’apôtre Matthias, le seul apôtre enterré au nord des Alpes. Mon parcours s’est terminé un peu plus de 2 km plus loin, à la cathédrale de Trèves. Dès le premier jour de ma préparation, je savais que je souhaitais terminer mon parcours à cet endroit.
Même si je n'ai pas collectionné de tampons, j'ai reçu un certificat de pèlerinage au bureau des pèlerins situé en face de la cathédrale. Merci Carmen de m'avoir permis de l'obtenir :)
Le point de départ de la Via Regia, au milieu du pont sur la Neisse, à la frontière avec la Pologne
Saint-Pierre-et-Saint-Paul, au début de la Via Regia
Le chemin de pèlerinage œcuménique, comme on appelle également la Via Regia, traverse en grande partie de vastes champs à perte de vue. La plupart du temps, le chemin est plat comme une planche, plus ou moins dépourvu de forêts, et emprunte également quelques longues routes goudronnées. Dans le plus petit vignoble d'Allemagne, la région de la Saale-Unstrut, le terrain devient alors un peu plus vallonné. Près de Weimar, j’ai pu monter sur l’Ettersberg, où se trouve le camp de concentration de Buchenwald. Ensuite, le parcours reste relativement plat et, avant Eisenach, j’ai apprécié de pouvoir courir à travers une forêt et gravir une montagne, le Hörsel.
Quelque part dans le nord de la Saxe
Il y a de nombreuses auberges de pèlerins le long de la Via Regia. Il est possible de passer la nuit dans des auberges tout au long du parcours. Certaines auberges étaient également fermées en raison du coronavirus. J’avais toutefois décidé de loger dans des pensions. Outre la pandémie, cette décision s’expliquait aussi par le fait que, dans la plupart des auberges, il faut disposer d’un sac de couchage et d’un matelas isolant. Je ne voulais pas avoir à porter ces deux objets sur mon dos comme poids supplémentaire pendant mon périple. On trouve suffisamment de pensions dans la plupart des localités. Au début, j’ai constaté qu’il pouvait être fastidieux de trouver un hébergement à la dernière minute. À Bautzen, ce n’est qu’au 13e appel que j’ai enfin réussi. Cette difficulté est toutefois restée une véritable exception jusqu’à Treis-Karden, sur la Moselle. Suite à mon expérience à Bautzen, j’ai toujours réservé les chambres d’hôtes environ une semaine à l’avance. J’ai appris par la suite que, pour certaines chambres d’hôtes, l’effort nécessaire pour accueillir quelqu’un pour une seule nuit est trop important et qu’elles n’acceptent donc pas de pèlerins.
Paysage typique le long de la Via Regia
L'Elbe
Ce qui m’a le plus impressionné sur la Via Regia, ce sont ces 1 000 ans d’histoire allemande. Je suis passé devant de nombreux châteaux forts vieux d’environ 1 000 ans, ainsi que devant de nombreuses églises anciennes et magnifiques. La cathédrale de Naumburg est une église qui m’a impressionné comme aucune autre. Et grâce à mon carnet de pèlerin, j’y ai pu entrer gratuitement. Cela vaut également pour d’autres églises, comme la cathédrale de Merseburg. Tout au long du parcours, j’ai croisé à plusieurs reprises Martin Luther, notamment à Erfurt et au château de Wartburg, où il a traduit la Bible en allemand. Jean-Sébastien Bach est lui aussi présent partout. Je me suis rendu à l’église Saint-Thomas de Leipzig, où il a longtemps exercé son ministère, dans sa maison natale à Eisenach et dans l’église où il a été baptisé.
La cathédrale de Merseburg
Région viticole de Saale-Unstrut
La cathédrale de Naumburg
À l'intérieur de l'église Saint-Venceslas de Naumburg
À Buttelstedt, j’ai quitté la Via Regia. Comme il était difficile de trouver un hébergement à Buttelstedt, j’ai saisi l’occasion et j’ai pris le bus pour me rendre à Weimar, à environ 15 minutes de route. Là-bas, j’ai pu marcher sur les traces de Goethe et de Schiller. De Weimar, je me suis rendu à pied au camp de concentration de Buchenwald. Cette journée consacrée à l'histoire récente de l'Allemagne a été pour moi la plus éprouvante de mon périple. D'une part, le temps a changé brusquement, et d'autre part, cette visite m'a beaucoup ému.
Jusqu'à la veille de ma visite, il faisait chaud et on se serait cru en plein été. Le jour même, il ne faisait plus qu'environ 16 à 18 degrés, le ciel était nuageux et il y avait de la tempête. Le camp de concentration est situé en hauteur, sur les hauteurs de l’Ettersberg, et pendant la visite guidée d’environ deux heures, très bien organisée, j’ai eu froid et j’ai trouvé le vent violent très éprouvant. Le temps correspondait toutefois bien à ce lieu oppressant. Malgré ces conditions, je suis heureuse d’avoir dévié du chemin officiel de Saint-Jacques-de-Compostelle pour visiter ce camp de concentration ! De telles visites me rappellent toujours de manière très concrète et vivante que nous devons tout mettre en œuvre pour empêcher que de telles horreurs, sous quelque forme que ce soit, ne se reproduisent jamais.
Camp de concentration de Buchenwald
Après Buchenwald, les températures étaient plus agréables, ce qui a facilité la randonnée. Erfurt était ma prochaine étape après Buchenwald, une très belle ville à l'atmosphère très agréable et détendue. Avant Eisenach, j'ai enfin pu découvrir les moyennes montagnes tant attendues, à commencer par le Hörsel. C'est là que j'ai pu profiter à nouveau de la forêt pour la première fois depuis longtemps.
Le pont Krämerbrücke à Erfurt
Peu avant le Hörsel
C'est à Eisenach que la Via Regia s'est achevée pour moi, après environ 400 km. Avant de poursuivre ma randonnée sur le sentier d'Élisabeth, je me suis accordé deux jours de repos.
Wartburg
Maison natale de Jean-Sébastien Bach à Eisenach
L'église Sainte-Élisabeth à Eisenach, au début du sentier d'Élisabeth
Conclusion sur la Via Regia : L'immensité du paysage et la chaleur qui régnaient le long de la Via Regia m'ont permis de prendre le bon départ pour m'évader de mon quotidien et élargir mes horizons. Parcourir à pied et découvrir 1 000 ans d'histoire allemande m'a permis de mieux comprendre mes racines et m'a ainsi fourni une base solide pour la suite de mon parcours !
Les étapes de mon parcours sur la Via Regia / le chemin de pèlerinage œcuménique :
Melaune
Bautzen
Kamenz
Königsbrück
Großenhain
Strehla
Dahlen
Wurzen
Leipzig
Schkeudiz (ici, j'ai brièvement quitté le chemin de Saint-Jacques, car les quelque 30 km qui me séparaient de Merseburg me semblaient trop longs par une température dépassant les 30 degrés)
Merseburg
Freyburg
Naumburg
Eckhardsberg
Weimar (en réalité, ma destination finale ce jour-là était Buttelstedt, mais comme je n'y ai pas trouvé de logement, j'ai pris le bus pour Weimar, ce qui s'est avéré être un très bon choix)
Daasdorf am Berge (au sud du camp de concentration de Buchenwald. Ce n'est qu'à partir d'Erfurt que j'ai repris la Via Regia)