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Pilgerweg Mecklenburgische Seenplatte : 10 étapes à pied

En mai 2013, Andrea et Gert Kleinsteuber parcourent le Pilgerweg Mecklenburgische Seenplatte en dix étapes, de Friedland à Zippelow.

8 octobre 202618 min de lecture
Pilgerweg Mecklenburgische Seenplatte : 10 étapes à pied

En mai 2013, Andrea et Gert Kleinsteuber ont parcouru le Pilgerweg Mecklenburgische Seenplatte et en ont rapporté ce récit détaillé : dix étapes de Friedland à Zippelow. L’article est disponible dans sa version originale sur leur propre site.

En avril 2011, un nouveau chemin de pèlerinage a été inauguré au cœur du Mecklembourg. Sur 250 km au total, il traverse les paysages du plateau des lacs mecklembourgeois. Une nature variée, en partie intacte, invite à marcher en silence. Les nombreuses églises vénérables permettent, dans la plupart des villages, de faire halte pour se recueillir, méditer et prier. Presbytères, habitants le long du chemin et hôtels ouvrent volontiers leurs portes.

Étape 1 : Friedland – Staven (15 km)

Le jour de l’Ascension devait être notre premier vrai jour de marche. Il fallait donc, dès la veille, faire provision du strict nécessaire et emporter le tout dans le sac à dos.

Krümel et Andrea au départ de l’étape à Friedland

C’est aussi pour cette raison que nos sacs sont plus lourds en Allemagne. Le ravitaillement y est tout simplement plus difficile que sur des chemins de pèlerinage plus fréquentés, comme en Espagne par exemple, où le grand nombre de pèlerins a fait naître une infrastructure adaptée le long du chemin. En Allemagne, en revanche, il n’y a presque plus de commerces dans les villages et peu d’auberges ouvertes au bon moment, une évolution regrettable que nous avions déjà ressentie sur la Via Regia. Dans ces conditions, l’alimentation du pèlerin est assez monotone : de la charcuterie qui se conserve, le plus souvent du salami ou du jambon, un morceau de fromage, un peu de pain, quelques sachets de café instantané et de l’eau potable. C’est tout. Entre Friedland et Staven, il n’y a aucun commerce, et de toute façon, un jour férié, tout aurait été fermé. À Staven, il n’y a qu’un petit point de vente, la plupart du temps déjà fermé quand un pèlerin arrive de Friedland.

Krümel nous a donc accompagnés le matin jusqu’à Friedland. Nous n’étions pas pressés, puisque nous n’avions que 12 kilomètres devant nous ce jour-là. Lui voulait ensuite rentrer à pied à Neubrandenburg et, le soir, ramener notre voiture devant chez lui. À notre arrivée à Friedland, l’église était soit encore, soit déjà de nouveau fermée. Dommage, nous aurions bien aimé avoir un tampon d’ici dans notre crédenciale.

À la sortie de Friedland

Après Friedland

Pour sortir de la petite ville au nord de Neubrandenburg, on emprunte la Mühlenstraße, au bout de laquelle se dressent de très belles maisons anciennes à colombages. Nous avons longé la Datze, une petite rivière retenue par des barrages, en bavardant avec entrain sous un temps brumeux. On l’appelle la vallée de la Datze, même si on ne voit pas grand-chose d’une vallée. La rivière, qui est en réalité un ruisseau, coule paisiblement à travers la plaine, le long d’allées de peupliers couverts de gui.

Au tracé parfaitement rectiligne du lit, on devine que la main de l’homme est passée par là. Çà et là, des fossés de drainage venant des champs se jettent dans la Datze. On change plusieurs fois de rive. Il faut faire attention à l’endroit où l’on repasse pour la deuxième fois sur la rive gauche. Un chemin part aussi en biais vers la droite. Mais le bon continue le long de la Datze. Cet embranchement, comme le suivant, n’est pas balisé. Au pont suivant, précédé d’un barrage, on prend la route goudronnée à droite. Elle mène directement à Roga. À l’entrée de Roga, on aperçoit de loin un nid de cigognes. À notre passage, une cigogne y était déjà installée et couvait.

Entrée de Roga

Après l’église, malheureusement fermée elle aussi, nous sommes arrivés à un embranchement qui a été la raison pour laquelle nous avons finalement marché trois kilomètres de plus ce jour-là jusqu’à Staven. Sur un petit panneau vert indiquant « Staven 4,5 km », une coquille était aussi fixée. Seulement, ce panneau pointait dans la mauvaise direction. D’après la description et d’après la trace que j’avais dessinée, le chemin part ici tout droit sur une voie en dalles de béton pour sortir du village et rejoindre directement Staven. Mais ce panneau nous envoyait à gauche, en direction de Bassow, qui se trouvait lui-même déjà à 3 km. Si l’on s’était fié uniquement à la coquille, dont les rayons pointaient dans la bonne direction et sous laquelle il n’y avait pas de petite flèche (comme ce fut l’usage plus tard), nous aurions pris le bon chemin. Mais nous nous sommes laissé embrouiller par le panneau. Il est possible qu’un petit plaisantin l’ait tourné. Nous ne le saurons sans doute jamais. Malheureusement, je n’ai pas photographié le panneau. Comme nous voyions sur la carte qu’un chemin de 3,5 km reliait aussi Bassow à Staven, nous avons suivi Krümel, qui de toute façon devait tourner à gauche ici pour aller vers Neubrandenburg.

Les étapes de Friedland à Neubrandenburg se distinguent nettement des suivantes par leurs paysages. De lacs et de forêts, point à l’horizon. On y trouve en revanche une vaste campagne avec quelques « îlots » plantés d’arbres. À cette saison, tout était d’un vert éclatant et les champs de colza d’un jaune lumineux. On arrive ainsi à photographier des animaux réputés très farouches, comme ces grues.

Sommes-nous vraiment sur le bon chemin ?

Un kilomètre après Roga (Roga Ausbau), nous avons vu quelques petits blocs erratiques sous un grand tilleul, une invitation bienvenue à une courte pause. Nous avons ressorti la description du chemin pour nous faire confirmer que nous nous étions un peu écartés de l’itinéraire. Un riverain, devenu curieux, est venu vers nous, et nous lui avons bien sûr raconté ce que nous fabriquions là. Un peu étonné, il est retourné dans sa maison, et nous avons rehissé les sacs sur notre dos pour repartir. Nous sommes vite arrivés à Bassow, où nous avons encore remercié Krümel pour son hospitalité avant de prendre congé de lui. On se revoit toujours deux fois dans la vie, lui ai-je lancé. Et ce n’était pas une menace.

Prairie de pissenlits après Bassow

Entrée de Staven

Et tandis qu’il filait d’un pas rapide vers Neubrandenburg, nous avons tourné à droite pour marcher tranquillement vers Staven, à travers des prairies jaunies par les pissenlits et un petit bois. Après la grisaille de la matinée, avec quelques gouttes de pluie qui ne justifiaient pourtant pas d’enfiler les vêtements de pluie, le soleil a même fait son apparition. Il est néanmoins resté frais, un temps idéal pour marcher, en somme. Staven fut bientôt en vue et, au

loin, une ambiance de fête montait d’un jardin ouvrier. « Ah oui, c’est l’Ascension / la fête des hommes. Bon sang, marcher si loin et même pas une bière. » Ça ne m’était encore jamais arrivé. Un peu envieux, j’ai tendu l’oreille pour savoir d’où venait le bruit, avant de constater qu’il devait malheureusement s’agir d’une fête privée et non d’une buvette. À la maison, les copains devaient être en train de faire la tournée des bistrots à vélo. Tant pis – on continue !

Nous avons vite trouvé le presbytère, juste derrière la petite église.

Presbytère de Staven

Chambre des pèlerins au presbytère

Peu après avoir sonné, on a entendu du remue-ménage derrière la porte. Nous nous étions bien annoncés, mais sans pouvoir estimer notre heure d’arrivée. Nous étions donc contents quand Mme Kretschmer a ouvert et nous a aimablement invités à entrer. Après une brève présentation du rez-de-chaussée, elle nous a conduits par un escalier raide jusqu’aux combles, où deux petites chambres sont réservées aux pèlerins.

Nous avons compté cinq couchages, lits ou banquettes, dans les deux chambres. Quelques fleurs étaient posées sur la table et, à côté de la Bible, une bouteille d’eau minérale avec des verres. Nous nous sommes tout de suite sentis les bienvenus. Au rez-de-chaussée se trouvent la salle de bains, les WC et une petite cuisine avec tout le nécessaire. Mme Kretschmer nous a aussi montré le grand jardin avec des moutons, un petit étang et une serre. Une fois tout réglé dans la maison (douche, lits, repas), nous nous sommes encore assis un moment au soleil dans le jardin. Mme Kretschmer, puis plus tard M. Kretschmer, pasteur à Staven et dans plusieurs paroisses voisines, nous ont rejoints, et nous avons parlé du chemin, de nos raisons de partir en pèlerinage et du travail considérable d’un pasteur. Déjà sur le chemin de pèlerinage œcuménique, nous avions découvert la diversité des tâches et les longues journées de travail d’un pasteur. Comme dans le monde séculier, l’Église manque visiblement de personnel elle aussi, et on ne peut qu’avoir le plus grand respect pour ce travail au service des gens. Ici comme dans les presbytères suivants où nous avons été accueillis, nous avons eu l’impression qu’un pasteur passe beaucoup de temps en voiture pour aller d’une paroisse à l’autre. L’époque où chaque village avait « son » pasteur est révolue depuis longtemps. Je l’avais déjà constaté chez nous. Et voilà que ces personnes, déjà pleinement occupées, se proposent en plus d’héberger des pèlerins. On ne peut que tirer son chapeau et dire merci.

Dans le jardin du presbytère

Quand il a commencé à faire trop frais dehors, la famille Kretschmer nous a invités à dîner dans sa cuisine. C’était peut-être un peu impoli, mais nous avons dû décliner le repas, d’abord parce que nous avions déjà mangé, ensuite parce que tout ce que nous mangeons aujourd’hui, nous n’aurons pas à le porter demain dans le sac. On devient assez pingre et économe sur un tel chemin. On ne jette rien, et il arrive qu’on mange un petit pain vieux de deux jours. On le garde dans le sac, parce qu’on ne sait pas exactement quand on pourra de nouveau faire des courses. Nous les avons toutefois chaleureusement remerciés et nous nous sommes au moins assis à table avec eux. J’ai promis à M. Kretschmer de lui donner des nouvelles une fois notre chemin terminé, ce qui a été fait entre-temps. Il lit sûrement ces lignes, lui aussi, et je le salue chaleureusement. Peut-être pourra-t-il aider à mettre en œuvre l’une ou l’autre des suggestions bien intentionnées.

Au crépuscule, nous nous sommes retirés dans notre petite chambre. Dehors, la pluie qui commençait à tomber avait fait taire les festivités de la fête des hommes dans le voisinage. Les barbecues aux odeurs alléchantes, qui faisaient monter partout leurs colonnes de fumée bleue vers le ciel, avaient eux aussi disparu. Ce premier jour avait été une réussite totale. Nous étions déjà loin du quotidien, nous avions eu un très beau chemin et avions été accueillis avec beaucoup de gentillesse à Staven. Demain, ce serait un peu plus long jusqu’à Burg Stargard, et nous voulions partir vers 8 heures. Ce qui voulait dire que la nuit se terminerait vers 7 heures. L’un des avantages d’un tel voyage de pèlerinage, c’est qu’on profite de la journée au lieu de traîner au lit jusqu’à pas d’heure. Comme la progression, le temps semble lui aussi passer plus lentement.

Allez, bonne nuit et à demain.

Étape 2 : Staven – Burg Stargard (28 km)

Le réveil n’a même pas eu besoin de sonner. Nous étions en fait réveillés depuis longtemps quand la mélodie familière, et parfois détestée, a retenti. Même si l’on se lève assez tôt, on dort en réalité plus longtemps sur le chemin qu’à la maison. On se couche presque toujours tôt. Il n’y a ni télévision ni autres voleurs de temps libre. On est aussi loin de l’actualité mondiale, des scandales, des meurtres et des massacres, et de tous les gros titres négatifs que nos médias montent en épingle. On n’imagine pas à quel point cela fait du bien. Entre-temps, nous détournons volontairement les yeux et les oreilles pour retrouver plus vite notre calme intérieur. Un bel exemple a été le scandale des concombres prétendument contaminés en Espagne, en mai 2011. Comme nous ne comprenions rien à ce qui passait sur les télévisions qui scintillaient dans tous les bars, nous avons cru, devant les images de concombres montrées en boucle, qu’il s’agissait de reportages sur une belle récolte de concombres. Sans le savoir, nous avions échappé à une hystérie (qui s’est révélée infondée par la suite). Cela devait nous servir de leçon.

Vite un café, et en route !

Tout a vite retrouvé sa place dans les sacs. Les nouveaux sacs à dos se sont d’ailleurs montrés très pratiques. Comme on pouvait les remplir non seulement par le haut, mais aussi par l’avant grâce à une grande ouverture à fermeture éclair, on mettait vite de l’ordre dans les bagages. Un sac plus grand comporte évidemment un danger. On cède trop facilement à la tentation d’y mettre trop de choses ou des choses inutiles. J’ai dû me faire violence.

Encore un café et un morceau de pain avec de la confiture, et nous pouvions partir. Nous avions déjà dit au revoir aux Kretschmer la veille au soir. Nous ne voulions donc pas les déranger de si bon matin.

Chemin de terre après Satven

Le chemin pour sortir de Staven est bien balisé. Juste à côté de l’église se trouve un panneau d’information. Nous devions partir en direction de Neuenkirchen. Il fait encore un peu brumeux et assez froid. Après d’anciennes voies ferrées désaffectées, on prend, à la sortie de Saven, tout de suite à droite un chemin sablonneux qui monte et descend doucement. Peu avant Neuenkirchen, l’autoroute A20, que l’on franchit par un pont. À Neuenkirchen, le chemin est très bien balisé. C’est ici que nous voulions initialement passer la nuit après la première étape, car les 12 kilomètres jusqu’à Staven nous semblaient un peu courts. Mais à cause du jour férié de la veille, nos hôtes n’étaient malheureusement pas chez eux. Les efforts de Mme Albrecht pour organiser un autre hébergement à Neuenkirchen ou un emplacement pour notre tente sont eux aussi restés vains. Nous avons donc traversé le village qui s’éveillait. Beaucoup avaient visiblement profité du pont pour prendre congé.

Exposition aéronautique à Neuenkirchen

Soudain, un spectacle qui ne cadrait pas du tout avec l’idylle villageoise. Sur un grand terrain se dressaient des avions de chasse et des hélicoptères militaires en grand nombre. Allons voir ça de plus près, ai-je dit. Et nous voilà déjà hors du chemin balisé. Effectivement, il y avait là des MiG-17, 21 et 23 à côté de divers hélicoptères imposants, dans un état étonnamment bon. Un panneau sur le portail nous a éclairés. Il s’agit du terrain de l’Interessenverein Luftfahrt Neuenkirchen e.V. Ouverture uniquement le dimanche à partir de 16 heures. Dingue, les idées que les gens peuvent avoir. Quelques photos et nous repartons.

Panneau indicateur après Neuenkirchen

À la sortie du village, il faut être un peu attentif pour ne pas manquer le petit panneau avec la coquille. Il nous a indiqué un chemin de terre noire qui part en biais à gauche de la route goudronnée. Sur le bord droit du chemin se trouvait une rangée de buissons clôturée, dans laquelle un chevreuil s’était égaré. Complètement affolé, il a essayé de s’échapper en nous remarquant, ce qu’il a fini par réussir après de nombreuses tentatives ratées où il sautait contre le grillage. Avec d’étranges bruits qui ressemblaient à des jurons, il a filé en bondissant à travers le champ de colza. J’ai pu le filmer à peu près. D’une manière générale, un paysage aussi ouvert se prête mieux à l’observation des animaux.

Attrapées juste avant l’envol

Et c’est ainsi que nous avons de nouveau aperçu quelques grues. Malheureusement, elles nous ont aperçus aussi. Et elles se sont envolées en poussant leurs cris pénétrants caractéristiques. Pas très loin déjà, nous voyions les barres d’immeubles de Neubrandenburg. Mais comme tout l’itinéraire, celui-ci va rarement droit au but, et nous avons encore fait plus d’une boucle, marchant même une fois dans la direction opposée, avant de retrouver la Datze. Le long de celle-ci passe la piste cyclable de Friedland à Neubrandenburg, et l’on peut alors aussi se fier au balisage cyclable. La Datze a désormais pris sa véritable taille. On aurait pu sauter par-dessus sans peine.

Prairie avant Küssow

Sous un abri le long de la piste cyclable, nous avons fait une nouvelle pause avant de continuer vers Küssow, un faubourg de Neubrandenburg. Le soleil s’est alors montré et la nature a soudain paru encore plus vivante. Le vert tendre contrastant avec le jaune éclatant des champs de colza éblouissait presque. Après le long hiver, tout semblait éclater d’un coup, comme un barrage qu’on ouvre brusquement. Avant Küssow, un petit obstacle : un passage à niveau fermé. Il faut appuyer sur un bouton si l’on veut traverser. Et si aucun train n’est annoncé, la barrière s’ouvre aussitôt après l’appel.

Ruine d’église à Küssow

Juste après la barrière, il faut tourner le regard vers la gauche. Il y a là un petit cimetière et, au milieu d’une pelouse bien entretenue, la ruine d’une ancienne église en pierres des champs, qu’il ne faut surtout pas manquer. C’est étonnant, le rayonnement que peut avoir une telle ruine. De retour sur la route, nous avons traversé un quartier pavillonnaire soigné jusqu’à la B104. Là, la coquille indique la droite. Mais pas d’inquiétude, pas besoin de marcher sur la nationale. Sur une piste cyclable, un peu à l’écart de la route très fréquentée, nous avons traversé des jardins ouvriers. Mais ensuite, la ville vous avale. Partout des concessionnaires automobiles, des stations-service et des tours. Après tout ce temps en pleine campagne, on se sent franchement déplacé. Beaucoup de passants ou d’automobilistes arrêtés aux feux nous regardaient d’un air perplexe, nous qui attendions sagement avec nos sacs aux feux pour piétons.

Deuxième petit-déjeuner en vue

Puis, au loin, une grande enseigne « Kaufland ». Là, on aura un deuxième petit-déjeuner ! Allons-y. Dans l’agitation des courses du week-end – il faut dire que c’était juste après un jour férié et que les frigos sont évidemment vides avant le week-end –, nous nous sommes sentis encore plus déplacés. Nous nous sommes réfugiés dans un coin snack entre une boulangerie et une boucherie. L’une nous a fourni le café, l’autre une baguette garnie de je ne sais quoi. Sans arrêt, quelqu’un lorgnait nos gros sacs posés par terre. Mais personne n’osait simplement demander. Drôles de gens, ces citadins ; à la campagne, nous serions depuis longtemps plongés dans une longue conversation. La ville, elle, est anonyme et froide, qui plus est dans un tel quartier neuf. Non, personne ne me ferait vivre là. Je reste à la campagne. Là-bas, tout le monde sait presque tout de tout le monde, ce qui peut parfois être gênant. Mais tout y est plus aimable, plus chaleureux et plus cordial. Enfin, à part quelques râleurs, querelleurs et rabat-joie derrière leur grillage, qu’on trouve partout, mais qui finissent aussi vite très seuls dans un village.

Petit parc animalier dans la vallée de la Linde

Comme je l’ai déjà écrit, nous ne voulions pas retraverser le centre-ville de Neubrandenburg. J’ai donc consulté la carte de mon GPS pour trouver le chemin le plus court jusqu’à la vallée de la Linde. C’est là qu’on retrouve le chemin de pèlerinage, que nous avions alors quitté. À travers de vastes espaces verts, nous avons vite trouvé la descente raide vers cette vallée verdoyante et idyllique. On a du mal à croire qu’on était encore à l’instant dans une cité de préfabriqués. Une fois en bas, nous avons découvert un petit parc animalier tenu par des personnes handicapées. De part et d’autre du chemin, un parcours pieds nus avait été aménagé, culminant avec la traversée d’un gué dans la Linde et une bande de verre brisé pour les plus courageux. Burg Stargard est déjà indiqué, et çà et là on trouve aussi une coquille. Si l’on suit les deux, on ne peut pas se perdre.

Dans la vallée de la Linde

Le long de la Linde, une petite rivière d’environ 3 mètres de large qui serpente à travers la vallée en partie marécageuse, nous avons marché dans une forêt de feuillus d’un vert luxuriant. À gauche du chemin, nous avons regardé les ruines d’un ancien moulin à papier, autrefois actionné par l’eau de la Linde. La cheminée qui surgit soudain dans la forêt est difficile à manquer et paraît assez étrange, plantée là au milieu des bois. Dans une clairière avec des bancs, on voyait encore les restes d’une fête des hommes. De là, il restait 3,5 kilomètres jusqu’à Burg Stargard. Ça montait légèrement et, à côté de nous, on clôturait un pâturage pour un grand troupeau de moutons qui bêlait, parqué un peu plus loin. Peu avant la petite ville, on traverse encore un bois et, sur un banc à gauche du chemin, étaient assises quatre femmes d’un âge certain, visiblement en balade à vélo, qui couronnaient celle-ci d’une petite bouteille de mousseux. De bonne humeur, elles nous ont abordés et nous avons bien sûr satisfait leur curiosité. Et voilà que l’une des dames avait elle aussi déjà pèleriné en Espagne. Aussitôt, la conversation a tourné à la discussion entre connaisseurs. Elles voulaient connaître le poids de nos sacs et même les essayer sur le dos. Ce fut une conclusion joyeuse à notre chemin du jour. Après nous avoir indiqué par où passer dans Burg Stargard pour rejoindre notre hébergement, elles ont pris congé, pour nous dépasser plus tard à vélo à l’entrée de la ville en nous saluant à grands cris.

Villa Martha à Burg Stargard

La « Villa Martha », une petite pension qui propose des chambres à prix modique aux pèlerins, a été vite trouvée. À Burg Stargard, il existe encore un deuxième hébergement privé chez Mme Heinke, Sabeler Weg 5. J’y avais aussi demandé, mais on m’a malheureusement rappelé un peu trop tard. Dommage, ça aurait sûrement été très agréable là-bas aussi. Mais Mme Kämig, la gérante de la pension « Villa Martha », m’avait répondu au téléphone : « Mais pour des pèlerins, on a toujours un lit ». Très bien ! M. Kämig, qui a lui aussi déjà fait un pèlerinage, nous a accueillis à la porte avec joie. Il nous a conduits dans une très belle chambre – un pur luxe au regard des conditions et des attentes d’un pèlerin.

Église paroissiale Saint-Jean

Après avoir déballé nos affaires – ce qui fut vite fait ici, puisque nous n’avions pas besoin des sacs de couchage –, pris un bain dans la baignoire et fait la lessive devenue nécessaire, nous sommes allés faire quelques courses, prendre un café, une glace et une bière sur la place du marché, en face de l’église paroissiale Saint-Jean. Nous devions faire des courses, car il n’y a aucun commerce jusqu’à Carpin, où nous ne passerions que le surlendemain. Il fallait donc de nouveau choisir quelque chose de nourrissant, léger et qui ne se gâte pas trop vite. À la maison, on cherche toujours les grands paquets pour peu d’argent. Ici, seuls comptent le poids et le faible encombrement. Le prix joue un rôle secondaire. Comme réserve de secours, nous avons toujours un peu de fruits secs, quelques barres de céréales et des noix. Ça cale vite et ça donne de l’énergie. Pour le soir, nous avons encore acheté une bouteille de vin rouge, que nous avons vidée au dîner dans le jardin de la pension.

Le deuxième jour appartenait déjà au passé. Et les images du chemin que j’avais en tête auparavant ne correspondaient pas du tout à la réalité. Tout était jusqu’ici encore plus beau et plus intéressant. Surtout, je n’avais pas imaginé avoir autant de contacts avec les gens sur le chemin, une impression qui allait encore se renforcer les jours suivants.

Sous un tableau délicieusement kitsch, dans un cadre doré, représentant une ronde de jeunes filles, nous nous sommes vite endormis dans des lits super confortables. Demain, il y a 21 kilomètres jusqu’à Rödlin, une distance qui ne saurait guère nous effrayer.

Étape 3 : Burg Stargard – Rödlin (21 km)

Nous avons bien dormi sous la ronde de jeunes filles au cadre doré. À sept heures et demie, petit-déjeuner – et quel petit-déjeuner ! Mme Kämig avait couvert toute la table de choses qu’un pèlerin qui se ravitaille lui-même voit rarement.

Copieux petit-déjeuner à la pension Villa Martha

« Qui va manger tout ça ? » ai-je demandé. Et je me suis aussitôt attaqué aux œufs durs. Deux petits pains ont ensuite fini dans le sac. Que les Kämig veuillent bien nous le pardonner. Encore un brin de causette avec la patronne, qui nous a ensuite tamponné notre crédenciale. Et à 8 heures, nous étions de nouveau dans la rue. Cet hébergement, nous pouvons le recommander sans réserve, nous étions d’accord là-dessus.

Montée vers le château de Burg Stargard

Le chemin, bien balisé, sort de la ville en direction de la colline du château. Une colline de château dès le matin, ce n’est pas trop mon truc – surtout pas après un tel petit-déjeuner. En soufflant, je mettais un pied devant l’autre pour me hisser là-haut. Mon sac voulait clairement aller dans la direction opposée. Je n’avais toujours pas trouvé les bons réglages. La charge devait reposer sur les hanches, sur les os du bassin ! Encore faut-il les trouver chez moi, sans parler de hanches. Chez moi, il n’y a que deux options : au-dessus du ventre ou en dessous. J’ai choisi en dessous, parce que mon ventre ne s’arrête que très haut. J’ai donc réglé les bretelles aussi longues que possible pour que la charge repose vraiment sur la ceinture ventrale du sac. Du coup, il se balançait un peu à chaque pas. Pendant un moment, ça allait bien, puis j’ai eu mal aux reins, ce que j’ai combattu par une fréquence de pauses inhabituellement élevée pour moi. Andrea commençait déjà à s’étonner.

Mais nous n’en étions pas encore là, nous sommes encore dans la montée vers le château. De gros pavés dans un chemin creux offrent peu de prise aux chaussures. Et une fois de plus, je suis content d’avoir au moins un bâton de marche en main.

Château de Burg Stargard

Le château de Burg Stargard, nous ne l’avons vu que de l’extérieur. Je ne sais même pas s’il était déjà ouvert à cette heure-là. En plus, c’était samedi. Peut-être la prochaine fois. Ensuite, ça redescendait enfin un peu. Bon sang, on se croirait en Thuringe ! Un homme nous a rattrapés et nous a demandé avec curiosité d’où nous venions et où nous allions. Sagement, nous lui avons répondu ce que nous avions toujours répondu jusque-là dans ces cas-là. Que nous étions sur le PWMSP (que j’ai évidemment prononcé en entier) et que nous étions partis jeudi de Friedland. Et que nous voulions aller jusqu’à Rödlin aujourd’hui, puis, les jours suivants, à Fürstenberg et Mirow, pour ensuite, dans le sens inverse du tracé officiel, revenir à Neubrandenburg en passant par Neustrelitz. S’il nous a vraiment crus, cela reste incertain. Car il avait l’air un peu bizarre. Mais ce ne devait pas être notre dernière rencontre avec lui.

Pause avant Holldorf

Dans le bois suivant, avant Holldorf, nous avons de nouveau fait une pause. Et je n’avais pas l’air très heureux ici, parce que je me battais encore avec mon sac. Andrea voulait me décharger d’une partie – il ne manquerait plus que ça ! Je devais laisser la tente au prochain hébergement et revenir la chercher plus tard en voiture. Non ! – ma réponse butée. « On en a encore besoin. »

Panorama forestier

Après Holldorf, on marche exceptionnellement le long de la route. Et peu avant Ballwitz, un besoin humain pressant m’a soudain tourmenté. Et il me tourmentait vraiment de façon très, très pressante ! Et quand on en a besoin d’un, il n’y a justement aucun buisson à proximité. J’ai donc traversé le village un peu crispé et repéré un banc au bord d’un étang. Si je m’assieds là un moment, ça passera peut-être. Ça n’est pas passé ! Et puis, un événement qu’on ne peut vivre que sur un chemin de pèlerinage. Car pour chaque problème, une solution surgit soudain comme de nulle part.

Le secours dans la détresse – le presbytère de Ballwitz

Cette solution, c’était le presbytère de Ballwitz, dont la porte était grande ouverte. C’est le ciel qui l’envoie ! ai-je pensé. Sans penser au sens profond de l’expression. Avant qu’il ne soit trop tard, j’ai couru jusqu’à la porte sans sac ni bâton. Une femme était en train de laver le couloir. « Oh là là, en plus j’arrive au mauvais moment. Le pasteur est là ? » Et j’étais déjà à l’intérieur. J’étais pressé, mais je ne voulais pas non plus débarquer comme un malpropre. J’ai frappé à la porte du bureau et je suis entré sans attendre de réponse. M. Rudolph – c’est le nom du pasteur, comme je l’ai appris plus tard – était plongé dans une conversation téléphonique et m’a prié d’attendre un instant dehors. Bien sûr, ai-je répondu, un peu penaud. Peu après, il m’a fait entrer. J’ai aussitôt attaqué mes explications, qui, où et pourquoi… « Un instant, s’il vous plaît », et il a débarrassé une petite table ronde entourée de deux fauteuils. « Asseyons-nous d’abord. » Bon, ai-je pensé, c’est mieux et c’est poli aussi. Et j’avais sans doute déjà des gouttes de sueur sur le front. J’ai répété mes explications à toute vitesse et j’en suis enfin venu à la véritable raison de mon irruption. « Bien sûr que nous avons des toilettes ici. » Et il m’a montré le chemin. Dans ma précipitation, j’ai presque failli ne pas voir que la balayette était dans la cuvette. Ce que je n’ai pas vu, en revanche, c’est qu’il manquait du papier. Heureusement, il y avait une cabine voisine qui en avait. Bon sang, quel soulagement ! Une journée devient tout de suite vraiment détendue.

Dans l’église de Ballwitz

De retour auprès de M. Rudolph, celui-ci nous a encore accompagnés à l’église et nous a raconté un peu de son histoire. Par exemple, comment on en était venu aux fonts baptismaux modernes ou d’où venait le lustre. Pour finir, il nous a vivement conseillé de visiter l’église de Zachow. Et il nous a donné quelques tuyaux pour obtenir la clé au cas où elle serait fermée. Nous l’avons chaleureusement remercié et nous sommes repartis. Un chemin sablonneux nous a ensuite menés à Zachow, à seulement 2,5 kilomètres. Mais avant cela, une rencontre qui nous a fait rire. Voilà qu’arrivait en tandem le monsieur qui nous avait questionnés le matin, sa femme derrière lui. Il nous saluait avec de grands gestes et elle nous regardait d’un air incrédule. « Je parie que sa femme ne l’a pas cru et qu’il voulait maintenant lui prouver qu’il y avait vraiment deux fous qui veulent aller à pied à Mirow avec leur sac à dos », telle fut mon explication.

Dès l’entrée de Zachow, une grande propriété a attiré notre attention, avec un manège et une piste ovale pour les courses de chevaux. Dans le grand enclos couraient des poneys islandais, un spectacle qu’on ne s’attend pas à voir en Allemagne. Quelqu’un de très fortuné s’est installé ici, et cela dans un minuscule village sans circulation de transit – étrange. Une seule route goudronnée mène à Zachow, et le village ne semblait pas bien grand.

Église du village de Zachow

Dans le paysage du village, la petite église nous a tout de suite frappés : une construction rectangulaire à colombages, avec un clocher en bois en forme de pyramide. Ce spectacle était tout aussi inhabituel. Mais le village allait se révéler encore plus étonnant et nous laisser bouche bée. Juste derrière l’église se trouve le gîte pour pèlerins de la famille Rhode-Schäper, dont nous savions déjà qu’il n’y aurait personne ce week-end. Juste à côté, une coquette maison individuelle, d’où une femme est sortie pour venir vers nous. Nous lui avons demandé où se trouvait la propriété que M. Rudolph nous avait indiquée pour la clé de l’église. « La clé de l’église ? Je l’ai aussi. Vous voulez voir notre forge aussi ? »

La forge

Volontiers, avons-nous répondu. Et la voilà qui disparaît chercher la clé, pour nous accompagner peu après jusqu’à la forge. La forge n’en a jamais été une. Elle a seulement été reconstruite dans le style d’une ancienne forge de village et abrite aujourd’hui une maison communautaire. Nous n’en revenions pas en entrant dans la salle. Il faut savoir que chez nous, dans notre village, qui compte tout de même plus de 800 habitants, nous sommes actifs dans une association du patrimoine local qui se bat depuis des années pour obtenir une plus grande maison des associations. À chaque assemblée, nous espérons que tous les membres ne viendront pas. Mais depuis que nous avons été rattachés à la grande ville de Delitzsch, chef-lieu d’arrondissement, notre quartier n’est plus que la cinquième roue du carrosse, et les moyens ne sont pas répartis selon le nombre d’activités dans le quartier, mais bien uniformément, selon le principe de l’arrosoir. Même quand il se passe vraiment quelque chose chez nous, nous sommes traités exactement comme un quartier où « c’est mort ».

Salle commune dans la forge

Et voilà que nous apprenions ici que, dans un village de 68 habitants, il est possible que près de la moitié des habitants soient membres d’une association culturelle qui s’occupe de l’église, organise de nombreuses manifestations culturelles et a fait sortir de terre quelque chose comme la forge. Cela force vraiment le respect. Dans la maison associative joliment aménagée sont exposés de vieux outils et appareils de forgeron rassemblés dans les environs. L’association ZINNOBER Kulturkreis Zachow e.V., comme elle s’appelle officiellement, a un programme annuel archicomplet, et nous tombions à pic pour voir une exposition de tableaux et de sculptures des deux artistes saxons Siegfried Besser et Anke Besser-Güth.

Exposition dans l’église de Zachow

Tous deux soutiennent depuis des années l’association dans son combat pour la vieille église. À l’époque de la RDA, le village devait être dépeuplé. Sous le slogan « Si l’église meurt, le village meurt », tous les efforts, d’inspiration chrétienne ou non, visent désormais à préserver le cœur du village. Dans le clocher en bois se trouvent des poutres dont il est prouvé qu’elles datent du XVᵉ siècle. Et ce clocher menace ruine, si bien que la cloche n’a plus le droit de sonner. Des manifestations comme celle d’aujourd’hui permettent de collecter de l’argent. La fondation Reemtsma a aussi pu être gagnée comme bailleur de fonds. La fondation a promis 50 000 euros.

Le dernier coup en date a été un stand au Kirchentag évangélique de Hambourg. « L’église de Zachow sur roues – et tout le monde tire avec nous », dit un tract par lequel les habitants de Zachow voulaient attirer l’attention sur le problème de leur église afin d’obtenir d’autres fonds.

Nous avons fait un don sur place. Aussi fascinés que nous ayons été par ces explications, il fallait bien repartir à un moment. Nous avons donc pris congé de Zachow et de ses habitants si actifs. Et nous rapportons chez nous l’idée que beaucoup de choses sont possibles quand tout le monde tire à la même corde.

Après Zachow, on atteint bientôt une assez grande forêt. Çà et là, on voyait des endroits marécageux dans les bois, raison pour laquelle notre anti-moustique est de nouveau entré en action. Par d’idylliques chemins forestiers, nous avons zigzagué jusqu’à Wanzka. À Wanzka, l’ancien couvent de cisterciennes du XIIIᵉ siècle est remarquable et mérite le détour. Le portail et l’église abbatiale sont tout ce qui reste visible du couvent. Supprimé pendant la Réforme, le couvent a ensuite servi de carrière après la guerre de Trente Ans. L’église abbatiale a été presque entièrement détruite par un incendie dévastateur, mais elle a été reconstruite.

Lac de Wanzka

Nous ne nous sommes pas attardés à Wanzka, puisque nous avions déjà fait de longues pauses à Ballwitz et à Zachow. Nous n’avons posé les pieds qu’un court instant au bord du lac de Wanzka. Quelques villageois se trouvaient aussi sur le ponton, et les questions ont recommencé : où voulions-nous donc aller ? Le plus drôle, c’est qu’ils ont reconnu à notre accent que nous venions de Delitzsch. Mais on remet les chaussures et on repart ! Car nous commencions à avoir froid. Il devait faire 12 degrés tout au plus, et un vent frais sifflait sur le lac. Mais ça ne pouvait plus être bien loin. Par un passage à niveau, où la maison du garde-barrière abriterait aussi un hébergement pour pèlerins, on entre dans Rödlin. Ce serait sûrement bien que les hébergements soient signalés partout. Car à la maison du garde-barrière, nous n’avons vu aucun panneau d’hébergement.

Église de Rödlin

En revanche, nous avons vu de loin l’église blanche de Rödlin, fraîchement crépie, avec son clocher caractéristique coiffé de cuivre. Particularité : le clocher se trouve ici sur le côté de la nef. C’est la seule église de style néoclassique à la ronde. Et alors ? – La porte était ouverte. Curieux, nous sommes entrés, sachant déjà qu’un mariage y avait été célébré aujourd’hui. La pasteure du lieu, Pirina Kittel, nous l’avait déjà dit lors de notre réservation. D’excellente humeur, elle nous a accueillis alors que nous nous retrouvions soudain sur des pétales de roses à l’entrée. « Je dois encore repartir. Voici la clé du presbytère. Vous trouverez sûrement tout vous-mêmes » – et la voilà déjà assise dans sa voiture, filant à toute allure. Encore un pasteur infatigable sur roues.

Bouleau tricoté

Émerveillés, nous sommes entrés sur le terrain du presbytère. Un gros bouleau nous a tout de suite sauté aux yeux. Il est habillé de laine multicolore tricotée. Nous avons appris plus tard que les couvertures tricotées provenaient d’une action des femmes de la paroisse et qu’ensuite, c’était tout simplement trop dommage de les détricoter. On a donc sans plus de façons habillé l’arbre du presbytère, qui attire désormais le regard sur la pelouse soignée devant la maison. La belle maison est entourée d’un jardin très soigné. Les arbres fruitiers étaient taillés de façon exemplaire et en pleine floraison. Quelqu’un qui a la main verte a dû œuvrer ici. Mme Kittel nous a raconté plus tard que c’était l’œuvre de son mari et qu’elle n’y était pas pour grand-chose.

Le Kirchsee derrière le presbytère

Derrière la maison se trouve un ponton sur le Kirchsee. Malheureusement, on ne peut pas encore s’y baigner. Une porcherie industrielle y déversait autrefois son lisier. Les porcheries appartiennent depuis longtemps au passé. Mais le lac ne se remet que lentement. Dommage, au fond. D’un autre côté : avec un coin baignade, cet endroit serait presque trop parfait. On bricole encore à l’hébergement des pèlerins. Ici, dans le grenier, des équipes de football entières pourraient dormir, tant il y a de place. Nous avons choisi la plus petite chambre, avec un lit superposé et deux lits simples. La grande pièce d’à côté sert visiblement au catéchisme. Des affiches colorées dessinées à la main, des caricatures et des photos ornaient les murs. Partout, on voyait du matériel de bricolage et des jeux. Quelques bouts de papier traînaient encore sur la table. Il y a de la vie ici. Ça se voyait tout de suite.

Hébergement pour pèlerins dans le grenier du presbytère

Également dans cette pièce : une cuisine avec tout ce qu’il faut pour nourrir beaucoup de monde. Et pour les pèlerins aussi, il y a tout le nécessaire. Nous nous sommes donc installés confortablement. Mais avant, il fallait encore se mettre quelque chose dans l’estomac. Dans le village, il y a l’auberge-pension « Nussbaum ». Et par chance, elle était ouverte aujourd’hui. Bon, ce n’est pas vraiment un temple de la gastronomie. Et le mobilier a aussi pris quelques années. Mais pour une omelette paysanne et une bière, c’était bien. La pension propose aussi un hébergement aux pèlerins. On demande 25 € par personne et par nuit, m’a dit la serveuse quand je lui ai posé la question. Eh bien, un pèlerin préférera sûrement dormir au presbytère. Et cela n’a sûrement pas forcément que quelque chose à voir avec le prix.

Satisfaits

À notre retour, nous nous sommes encore assis un moment dans le beau jardin. Peu après, Mme Kittel est arrivée elle aussi, et nous avons encore un peu discuté avec elle. Pas longtemps, car elle devait encore préparer son sermon du dimanche. Nous avons donc fui le froid pour notre chambrette et nous sommes glissés dans nos sacs de couchage avant même la tombée de la nuit. Demain, direction Wokuhl. À vol d’oiseau, ce n’est pas si loin. Mais comme nous l’avions déjà appris, le chemin le plus direct n’est pas toujours le plus beau. Et demain encore, nous ferons plusieurs allers-retours entre les villages et parcourrons bien des kilomètres en beaux détours.

Étape 4 : Rödlin – Wokuhl (24,5 km)

J’étais de nouveau réveillé avant même le réveil, et un coup d’œil par la fenêtre m’apprit que ce serait encore une belle journée. Il était étonnant que, malgré des prévisions météo pas franchement fameuses, nous ayons jusque-là manifestement marché dans une « bulle de beau temps ». Seul le premier jour nous avait apporté un peu de pluie, qui ne nous avait guère dérangés, car elle n’était ni forte ni longue. Depuis, il faisait certes assez froid, mais sec et ensoleillé. C’est le temps idéal pour la randonnée. Et le ciel offrait un spectacle de nuages à réjouir n’importe quel photographe.

Bleu / vert – ambiance de Meseta peu après Rödlin

Mais je me répète. Je souhaitais qu’il en soit de même aujourd’hui. En tout cas, la vue depuis la fenêtre était prometteuse. Avec de telles perspectives, se lever devient deux fois plus facile. Je fis donc chauffer l’eau pour le café et préparai le petit-déjeuner que nous avions apporté – une fois de plus du pain, du fromage et un peu de confiture. Tout fut vite emballé et, avant même huit heures, nous avions de nouveau nos sacs sur le dos. Nous avions déjà pris congé la veille au soir de notre hôtesse joyeuse et sympathique, et c’est donc de bonne humeur que nous quittâmes la propriété, en passant devant le « bouleau tricoté ».

Voie ferrée solitaire

En sortant de Rödlin, nous longeâmes la route pendant un bon moment. Une fois arrivé dans la forêt, un balisage indique la gauche. Là aussi, on suit une route goudronnée jusqu’à atteindre Rödlin Ausbau. Un chien salua notre arrivée par de bruyants aboiements. Mais il se calma vite quand il comprit que nous poursuivions notre chemin sans secouer le portail de son jardin. Au milieu de ce hameau de Rödlin, qui ne compte que quelques fermes, nous dûmes ensuite tourner en biais vers la droite. Le balisage avait été jusque-là plutôt bon, si bien que nous étions sûrs d’être sur le bon chemin.

En pleine forêt, nous franchîmes une ligne de chemin de fer à voie unique, que nous allions croiser encore plusieurs fois ce jour-là. Au bout d’environ 2 kilomètres, la forêt s’éclaircit et nous en sortîmes sur un joli chemin agricole bordé de grands arbres. Sur la droite, nous apercevions déjà le Schlesersee, qui touche le village de Carpin.

Panneau reconstitué

Avant un passage à niveau sur cette même ligne à voie unique, on a le choix entre deux chemins : tout droit ou à droite. Et justement, il y avait bien un panneau indicateur. Malheureusement, il était cassé, mais les morceaux brisés étaient encore coincés derrière le reste du panneau. Nous avions ainsi la possibilité de le reconstituer. C’est ainsi que nous apprîmes qu’il fallait continuer tout droit pour rejoindre Carpin, car une petite flèche supplémentaire sur le panneau pointait dans cette direction. Mais auparavant, nous fîmes un détour par le Schlesersee.

Le Schlesersee près de Carpin

Il y a ici un petit ponton et un coin de baignade. Il faisait bien trop froid pour se baigner, mais j’utilisai le ponton pour prendre quelques photos de ce lac idyllique. De retour sur le chemin, on arrive bientôt sur une route goudronnée que l’on suit vers la droite pour gagner l’entrée de Carpin. D’après le descriptif, il devait y avoir ici un embranchement vers la droite (de nouveau par-dessus la voie ferrée). Soit nous l’avons manqué, soit il n’y avait vraiment pas de panneau. Nous passâmes donc devant l’ancienne gare de Carpin jusqu’à une route principale où, juste à gauche, un ensemble de bancs en bois nous invita à faire une pause. Après quelques fruits secs et barres de céréales, nous reprîmes notre chemin. D’après mes notes, il fallait maintenant prendre à droite. Il n’y avait pas de panneau ici.

Surprise dominicale : une boulangerie ouverte à Carpin

De loin, nous aperçûmes un grand autocar et quelques touristes plantés au milieu du village. En approchant, nous remarquâmes qu’il y avait là un restaurant et un hôtel de campagne. Les voyageurs avaient visiblement passé la nuit ici et venaient de prendre leur petit-déjeuner avant le départ. Hmm, peut-être y aurait-il aussi quelque chose pour nous. Et effectivement, au coin de la rue se trouvait aussi une boulangerie, ouverte même aujourd’hui, dimanche. Nous ne laissâmes évidemment pas passer l’occasion et refîmes le plein de provisions. Qu’il y ait encore quelque chose à manger quelque part aujourd’hui était plutôt improbable. Et ça, nous l’avions déjà appris sur la Via Regia : saisir chaque occasion, même si le sac à dos devient encore plus lourd.

Petite chapelle à Carpin

En continuant à travers le village, nous remarquâmes une minuscule maisonnette bleu clair, avec une croix fixée sur le pignon. On voyait même une petite cloche suspendue en dessous. C’est sans doute la plus petite église que nous rencontrerons sur le chemin. Nous profitâmes donc sans hésiter de l’occasion pour jeter un œil à l’intérieur, car la porte était ouverte et quelques femmes âgées bavardaient devant la chapelle. En les saluant, nous nous faufilâmes à côté d’elles sur l’étroit sentier et entrâmes. Quelques rangées de chaises devant un minuscule autel, c’était tout ce qu’il y avait dans la pièce. La jeune pasteure, qui rassemblait encore quelques affaires, était déjà de nouveau pressée et devait, nous expliqua-t-elle, encore se rendre à un baptême. Il ne restait donc pas de temps pour discuter. Nous apprîmes tout de même que la chapelle avait été construite avec des éléments d’un ancien baraquement et que, par sa peinture et son allure, elle aurait tout aussi bien pu se trouver quelque part en Scandinavie. Encore une photo vite fait, et nous voilà repartis (du moins le pensions-nous). Un chantier routier nous obligea à passer du côté droit de la route. La traversée du village par la B198 était en cours de réfection. C’est peut-être pour cela que le panneau avait disparu, et la raison pour laquelle, sur cette étape, nous marchâmes un bon bout dans la mauvaise direction. Après un peu plus d’un kilomètre parcouru sur une piste cyclable longeant la B198, je remarquai notre erreur et nous fîmes demi-tour. Là encore, avoir emporté le GPS fut un avantage.

Sur le chemin de Bergfeld

La trace enregistrée au préalable nous dirigea vers un chemin sablonneux en direction de Bergfeld. Au regard d’une ligne droite imaginaire jusqu’à notre destination du jour, cela signifiait que nous faisions une fois de plus un assez grand détour et augmentions ainsi encore notre kilométrage quotidien. Ce chemin de sable solitaire n’en finissait pas. Au-dessus de nous, une cigogne blanche tournoyait dans le ciel légèrement nuageux et, avant Bergfeld, nous profitâmes d’un petit banc au bord du chemin pour une nouvelle halte. Nous eûmes ainsi le loisir de contempler ce ciel magnifique, qui formait un beau contraste avec les champs de céréales d’un vert luxuriant et le colza d’un jaune éclatant. Je trouve un ciel sans nuages ennuyeux. Mais ce qui se passait là-haut aujourd’hui me fit sans cesse attraper l’appareil photo. Bergfeld semblait désert. On ne voyait presque personne. Il était entre-temps un peu plus de midi, un dimanche, et la plupart des gens faisaient sans doute la sieste.

Forge historique du village de Bergfeld

Pas nous ! Ainsi, nous ne manquâmes pas non plus le panneau qui, peu après la forge historique du village, nous envoya à gauche sur un chemin boueux dans la forêt. Depuis un jardin, un vieil homme aimable nous fit signe de la main. Et peu après, nous dûmes nous écarter du chemin en catastrophe, car un attelage descendait vers nous : une roulotte bâchée tirée par deux massifs chevaux de trait. Planwagencamping.de était écrit sur la roulotte, sur le siège de laquelle étaient assises deux femmes enjouées, qui nous saluèrent aimablement et nous remercièrent de leur avoir cédé le passage. Vu l’élan qu’elles avaient, il ne nous restait de toute façon guère d’autre choix que de nous réfugier dans la forêt. Un peu plus loin, nous vîmes encore d’autres roulottes de ce genre.

Camp de roulottes à Grünow

Tout un camp de roulottes était installé près de Grünow, dans une forêt clairsemée. C’est sans doute aussi une façon très intéressante de découvrir la région, et de plus très écologique. De robustes chevaux de trait se tenaient à côté, dans un enclos. Et peu après, un ensemble de bancs flambant neuf nous invita de nouveau à une petite pause. Une jeune femme enceinte jusqu’aux yeux y était déjà assise au soleil, et je m’étonnai qu’elle ose s’aventurer, dans son état, aussi loin d’un village ou d’une route goudronnée. Après une brève conversation avec elle, le mystère fut résolu. Son compagnon arriva dix minutes plus tard à travers un pré avec son chien de chasse. Il avait observé des cerfs à l’écart du chemin. Tous deux prirent congé de nous et nous restâmes encore un moment allongés au soleil. Seule la dureté des étroits bancs en bois m’empêcha de m’endormir. Et c’est ainsi que je pressai Andrea de repartir.

Panorama avant Steinmühle

Les nuages s’épaississaient à vue d’œil et je craignais que nous ne soyons encore mouillés aujourd’hui. Par une très belle forêt parsemée de nombreuses mares marécageuses, nous atteignîmes rapidement le village de Steinmühle.

Steinmühle

Bon, village, c’est beaucoup dire. Il n’y a que quelques maisons. La plus importante est sans doute leJugendwaldheim, un centre d’éducation pour les jeunes géré par l’administration du parc national de la Müritz. Les pèlerins peuvent aussi y trouver un hébergement pour la nuit. Aujourd’hui, nous y croisâmes beaucoup d’excursionnistes du week-end et tous les bancs étaient occupés. Des enfants étaient assis sur des poneys menés le long des chemins et quelques personnes savouraient leur café. Nous ne nous attardâmes pas et repérâmes vite le panneau en direction de Goldenbaum. Le descriptif nous promettait maintenant une montée qui allait « être corsée ».

La « montée » après Steinmühle

Goldenbaum

Et en effet, on ne s’attend pas à une si longue côte dans cette région. Même si elle s’avéra finalement assez modérée. Malgré tout, on avait plutôt l’impression de se trouver en Thuringe qu’au Mecklembourg. En contrebas, à gauche dans la vallée, bruissait un ruisseau qui aurait pu rivaliser avec n’importe quel torrent de montagne. Mais déjà nous sortions de la forêt et, au bout d’une vallée verdoyante, apparut sur la gauche le village de Goldenbaum avec sa grande église en brique, malheureusement fermée. Peu avant la fin de ce village tout en longueur, le panneau nous renvoya de nouveau sur un chemin agricole. Suivit une assez grande zone forestière, où l’on trouvait encore de nombreux endroits marécageux avec du bois mort à droite et à gauche du chemin. Et qu’y a-t-il dans un tel environnement, avec les températures qui vont avec ? – Des moustiques ! Nous ne pûmes sortir assez vite l’anti-moustique du sac. Quelques moustiques avaient déjà réussi à nous piquer. Ils étaient comme fous et tournoyaient autour de nous, prêts à l’attaque. Heureusement, l’« Antibrumm » agit très vite et nous retrouvâmes la paix. Seul inconvénient : il colle un peu sur la peau et, quand il fait sec et poussiéreux, la poussière s’y accumule massivement.

Mes observations du ciel et les prévisions que j’en avais tirées allaient malheureusement se confirmer. Devant nous se dressait justement un mur de nuages sombres au moment où nous quittions la forêt. Et à environ 2 kilomètres de notre but, il se mit à pleuvoir si fort que nous dûmes finalement enfiler nos vestes de pluie. Nous traversâmes à la hâte le village de Grammertin et, peu après, nous nous tenions trempés jusqu’aux os devant la porte du presbytère de Wokuhl.

Arrivés à Wokuhl

L’accueil d’une jeune femme ne fut pas vraiment engageant : « Vous vous êtes annoncés ? En fait, on devrait retirer Wokuhl de la liste des hébergements ! » Tout cela contrastait pourtant avec le panneau d’hébergement surdimensionné accroché au portail de la cour. Elle nous conduisit dans une pièce où, à part une armoire et une grande table avec des chaises, il n’y avait qu’un long canapé. Pour deux personnes, cela risquait d’être un peu juste. Mais elle ne fit pas mine de nous proposer une autre solution et, vu cet accueil un peu étrange, je n’osai pas non plus le lui demander. Au moins, il y avait une cuisine bien équipée et une baignoire. Pour la nuit, nous avions bien nos matelas pneumatiques, que je pourrais gonfler en cas de besoin. Seulement, ils risquaient d’être endommagés sur le vieux plancher en bois assez branlant. Car nos matelas ultralégers n’ont qu’une enveloppe extérieure plutôt fine.

notre couchage pour la nuit

Heureusement, je découvris qu’une moitié du canapé pouvait se déplier. Je pourrais ainsi dormir en diagonale sur la partie dépliée et Andrea sur l’autre moitié. Nous nous installâmes du mieux possible selon nos idées, car la jeune femme avait vite disparu, non sans nous avoir laissé la boîte pour les dons et le tampon pour la crédenciale. On est donc tout de même préparé à recevoir des pèlerins. Après le bain, nous retournâmes au village, car à l’entrée nous avions repéré sous la pluie un panneau publicitaire qui nous signalait « Ritas Lädchen ».

dans « Ritas Lädchen »

Et effectivement, derrière une coquette maison individuelle, quelques tables et chaises étaient installées sous une tente de réception dans l’allée du garage. À la seconde des deux portes de garage se trouvaient une sonnette et un panneau invitant à l’actionner, ce que je fis aussitôt. Peu après, la porte se mit à cliqueter et remonta lentement. Derrière s’ouvrit un spectacle qui nous plut beaucoup – une véritable petite épicerie de village à l’ancienne. Et soudain, nous ne savions plus quoi prendre. Ce n’est jamais simple lors d’un tel pèlerinage : il faut que ce soit léger, petit et que ça se conserve. Mais d’abord, un café et un morceau de gâteau fait maison, c’était ce qui nous tentait en premier, et pour moi en plus une bière. Une bière, pour moi, c’est comme une récompense après une si longue marche. Un peu frissonnants, nous prîmes place sur les chaises en plastique. Le gâteau était excellent et, après que nous eûmes encore choisi quelques provisions et une bouteille de vin rouge pour le soir, « Rita » prit congé. Car en réalité, elle avait la maison pleine d’invités. « Si vous avez encore besoin de quelque chose – sonnez, tout simplement. » Merci, dîmes-nous, convaincus que c’était là un conseil précieux pour les pèlerins qui viendraient après nous. Souhaitons longue vie à « Ritas Lädchen ». Les pèlerins affamés et assoiffés lui en seront reconnaissants. Nous fîmes encore un petit détour par le Pfarrsee, où il y a un coin de baignade et un ponton.

Ciel nuageux sur le Pfarrsee

La pluie avait certes cessé. Mais le décor de nuages paraissait dramatique au-dessus du petit lac. De retour au presbytère, nous ne fûmes pas peu surpris quand la sonnette retentit de nouveau et qu’une autre pèlerine se présenta à la porte. Voilà que ça devenait vraiment animé ici. Et, ô surprise, il y avait soudain aussi un matelas en mousse. La pèlerine solitaire était partie de Fürstenberg ce jour-là, marchait donc dans le sens inverse, et s’appelait Anne. Elle n’avait pas prévu beaucoup de temps et voulait, après Rödlin, prendre la liaison entre les deux branches par Usadel jusqu’à Prillwitz, pour revenir de là à Fürstenberg par Neustrelitz et Mirow. Eh bien, peut-être nous recroiserions-nous. Nous discutâmes encore longtemps avant d’aller dormir. Demain, il n’y aura que 16 kilomètres jusqu’à Fürstenberg.

de curieuses croix en fer devant l’église

Et si nous ne nous perdons pas de nouveau, nous devrions cette fois y être assez tôt. Tant mieux, car dans une ville un peu plus grande, il y a généralement plus à visiter que dans un petit village isolé comme Wokuhl, dont les principales curiosités se limitent à l’église avec ses curieuses croix en fer devant et à une forge de village restaurée à grands frais. Même le bistrot du coin semble fermé. Le temps pluvieux et la lumière terne qui l’accompagnait faisaient peut-être paraître le village un peu triste à tort. Nous espérions en tout cas un meilleur temps pour le lendemain. Ou au moins arriver au sec à Fürstenberg.

Étape 5 : Wokuhl – Fürstenberg (16 km)

La nuit se passa comme on pouvait s’y attendre sur cette ottomane. En pleine nuit, elle s’était même effondrée dans un grand fracas, au moment où je revenais des toilettes et voulais me recoucher. Mes pieds pendaient dans le vide et mon oreiller gonflable n’arrêtait pas de glisser de sous ma tête. Non, une nuit calme et reposante, c’est autre chose. Un peu fripé, j’étais content de pouvoir enfin me lever.

Un au revoir provisoire ? On se croise toujours deux fois dans la vie

Mais au premier coup d’œil par la fenêtre, mon humeur s’éclaircit d’un coup. Les nuages s’étaient dissipés pendant la nuit et c’était une matinée claire et fraîche. Si fraîche que les vitres se couvraient de buée. Un petit quelque chose à manger et un café ; les petits pains de Carpin, devenus entre-temps caoutchouteux, j’avais réussi à les rendre de nouveau croustillants sur le grille-pain. Dehors, devant la porte, nous prîmes congé d’Anne et nous échangeâmes nos deux appareils photo, pour avoir une photo de chacun. Puis nous quittâmes Wokuhl dans la direction opposée. Peut-être nous reverrons-nous ?

Comme prévu, Wokuhl avait bien meilleure allure sous le soleil. À la sortie du village se trouve un très beau terrain de football, où quelqu’un s’occupait déjà d’entretenir la pelouse.

Sommes-nous sur le bon chemin ??

Sur la route départementale à peine fréquentée, nous marchâmes en direction de Comthurey, ou plutôt d’un petit lotissement à l’écart du village proprement dit. Juste à la fin du lotissement, je vis un chemin qui menait vers le centre du village et qui me parut être le bon. Seulement, il n’y avait pas de panneau ici. Il est possible que nous aurions dû continuer sur la route et serions ainsi arrivés au village aussi. Mais nous prîmes le petit chemin qui, par de longues volées de marches, descendait d’abord puis traversait un pré jusqu’au centre du village. Là, nous retrouvâmes la route. Un coup d’œil à la carte montra que nous avions emprunté un petit raccourci. Si c’était le bon chemin, nous ne le savons toujours pas aujourd’hui.

Ici, nous sommes sûrs d’être sur le bon chemin

L’idyllique Schmetterlingsweg

Qu’à partir d’ici nous étions de nouveau en tout cas sur le bon chemin, un petit panneau vert portant l’inscription « Schmetterlingsweg Dabelow » et le symbole de la coquille nous le confirma. Le descriptif nous promettait l’un des plus beaux tronçons du chemin de pèlerinage, qui ferait ici pleinement honneur au nom de « plateau des lacs mecklembourgeois ». Et ce fut bien le cas. Un sentier étroit et humide traversait d’abord une forêt marécageuse, avant de longer longuement la rive du Dabelowsee. Seul bémol qui ternissait un peu l’impression : une longue et laide clôture entourant une pépinière, le long de laquelle il faut marcher. Des souches taillées en pointe nous révélèrent que des castors vivent ici. J’ignorais que les castors ne construisent pas leurs huttes et n’abattent pas des quantités d’arbres seulement au bord des cours d’eau, mais aussi au bord d’un lac aussi grand. Un panneau d’information le confirmait d’ailleurs officiellement.

Coin de baignade au Dabelowsee

Un chevreuil qui ne se laissait pas déranger

Nous fîmes une petite halte à un coin de baignade où, après être descendus d’un talus, nous trouvâmes un banc et une rampe en tubes d’allure un peu provisoire, qui menait tout droit dans l’eau. « Baignade à vos risques et périls ! Le maire », lisait-on sur un panneau. Mais il n’était absolument pas question de se baigner par ces températures. Nous restâmes donc assis là à observer toutes sortes d’oiseaux aquatiques et de petits poissons qui se tenaient près de la rive. Au loin, nous vîmes même un pygargue à queue blanche qui plongeait sur la surface de l’eau et semblait emporter quelque chose. De retour sur le chemin, je remarquai à environ 100 mètres un chevreuil qui broutait seul. Il ne nous avait pas encore remarqués, et je pus faire quelques photos et vidéos. Ce n’est que lorsque nous fîmes un peu de bruit et nous remîmes en mouvement qu’il prit la fuite. Dans le sol détrempé, on pouvait remarquer la profondeur et le grand écartement des empreintes de l’ongulé, signe d’une fuite. Espérons que nous ne l’avons pas trop effrayé. Peu avant Dabelow, les traces se perdaient. À l’entrée du village, on franchit un pont et l’on aperçoit déjà la très intéressante église du village. Elle fut construite en 1855 en colombages.

L’église très intéressante de Dabelow

La partie supérieure est entièrement en bois. À l’intérieur aussi, c’est surtout le bois qui domine. À l’extérieur, la richesse de l’ornementation frappe. Les colombages sont garnis de briques avec art et les superstructures en bois sont elles aussi richement décorées. Cette église est sans doute unique dans la région. On voyait qu’elle avait été entièrement rénovée récemment. Et cette rénovation lui a très bien réussi, à mon avis. Elle doit maintenant ressembler de nouveau à ce que son bâtisseur, l’architecte régional Friedlich Wilhelm Buttel, avait jadis imaginé et conçu. Buttel était un élève de Schinkel et avait aussi construit la belle église du château de Neustrelitz.

Le reste du chemin jusqu’à Fürstenberg ne mérite à vrai dire pas qu’on s’y attarde. Autant la première partie de l’étape était belle, autant le reste du parcours fut ennuyeux. De loin, nous aperçûmes le village d’Altthymen, où nous nous reposâmes un moment dans l’abribus en bavardant avec un monsieur âgé. Enfin, c’est surtout lui qui bavardait, et nous connaissons désormais tout son dossier médical. C’est là qu’Andrea refixa les jambes de son pantalon, car malgré le soleil il faisait un froid mordant et le vent forcissait. Le village possède une assez grande église (également une œuvre de Buttel). Ce n’est qu’en nous approchant que nous remarquâmes que la nef n’avait plus de toit. Un obus de l’Armée rouge transperça le toit de l’ancienne église paroissiale au cours des dernières semaines de la guerre et la réduisit à l’état de ruine. En 2010, on a au moins restauré la tour et consolidé les murs de la nef. L’église appartient aujourd’hui à la commune. Mais des offices y ont encore lieu de temps en temps.

Voyante ?

À la sortie du village, une petite cabane de guingois attira notre attention. « Voyance » était écrit au-dessus de la porte, et à la poignée pendait un panonceau « prière de sonner à la maison ». Les dons de la voyante ne semblaient donc pas si extraordinaires, sinon elle saurait bien quand quelqu’un se tient devant sa cabane. :)

La longue route vers Fürstenberg

Depuis Dabelow déjà, nous marchions sur des routes goudronnées. Et voilà que suivait un long et ennuyeux tronçon de bitume à travers une forêt. Ce chemin s’étira jusqu’aux abords de Fürstenberg. Seule distraction douteuse : les avions de chasse qui passaient en rase-mottes au-dessus de nos têtes dans un bruit de tonnerre. Faut-il vraiment que ce soit au-dessus d’un parc national ? C’est pourquoi nous vîmes à de nombreux endroits des panneaux de protestation avec un avion de chasse barré. À 1,2 kilomètre de Fürstenberg, la petite route peu fréquentée débouche sur la départementale très animée qui mène à Lychen. À chaque véhicule venant en sens inverse, nous devions nous réfugier sur l’accotement, ce que nous conseillons aussi à tous les pèlerins qui viendront après nous. Peu après le panneau d’entrée de la ville, un panneau indique la gauche. « Ravensbrück » – ce nom de lieu bouleverse et témoigne de la période la plus sombre de l’histoire allemande. C’est ici que se trouvait, à partir de 1939, le plus grand camp de concentration pour femmes de l’Allemagne nazie, construit par les SS. Plus de 150 000 femmes, enfants et hommes de 40 nations y furent détenus et martyrisés. Des dizaines de milliers y moururent, y périrent de faim ou y furent assassinés jusqu’en 1945. Aujourd’hui, il y a ici un mémorial impressionnant mais oppressant, qui rappelle ce qui s’est passé et entretient le souvenir des victimes.

Arrivés à Fürstenberg, nous saisîmes la première occasion de faire une pause dans un petit café. En plus de ce que propose habituellement un café, plusieurs plats végétariens figuraient ici à l’ardoise. Nous commandâmes une très savoureuse soupe de lentilles à l’arabe. C’était justement l’heure du déjeuner, nous n’étions absolument pas pressés et, bien sûr, les questions sur notre projet fusèrent. Nous flânâmes ensuite tranquillement vers la place du marché, où nous constatâmes au presbytère qu’il n’y avait encore personne. Un appel au numéro affiché ne donna rien non plus.

L’imposante église de Fürstenberg

L’église vue de l’intérieur

Nous laissâmes un message et repartîmes, sacs au dos, pour visiter la ville. Nous entrâmes d’abord dans l’église de la ville, qui était ouverte. Ce bâtiment en brique jaune de style romantique néogothique est lui aussi, comme l’église de Dabelow vue plus tôt dans la journée, une œuvre de Friedrich Wilhelm Buttel. L’intérieur dans lequel nous entrions paraît très grand et spacieux. Le bois sombre des bancs et des tribunes forme un contraste intéressant avec le crépi blanc. L’espace paraît clair et accueillant. La tapisserie en batik derrière l’autel représente la Résurrection du Christ ; elle date de 1963 et est la plus grande de ce type en Europe. Pour des raisons d’urbanisme, l’église est « à l’envers ». Autrement dit, l’autel se trouve à l’ouest, tandis que la façade plus représentative, avec sa tour élancée, est à l’est. Les édiles de l’époque l’ont voulu ainsi, pour mettre davantage la place du marché en valeur. J’aurais aimé que les édiles actuels raisonnent de la même manière lorsqu’ils ont décidé d’autoriser, face à la belle église, la construction d’un centre commercial morne et sans imagination. Le beau, c’est autre chose, et cela gâche un peu l’impression d’ensemble de la place.

Passerelle piétonne sur la Havel

Nous la traversâmes alors en direction du Baalensee, où se trouve l’embarcadère du bateau d’excursion. Le soleil s’était depuis longtemps de nouveau caché et une forte brise soufflait sur le lac. Ici, au bord de l’eau, cela devint trop inconfortable pour nous et nous retournâmes en ville, après avoir encore jeté un œil à une intéressante passerelle piétonne en bois sur la Havel. La Havel et les trois lacs environnants façonnent le caractère de la ville, autrefois station climatique, mais qui souffre aujourd’hui du trafic de la route fédérale 96 qui traverse le centre-ville. Ce n’est pas pour rien qu’on voit en ville plusieurs banderoles réclamant que la route à grande circulation contourne la localité. Mais la situation quasi insulaire de la ville, au milieu des trois grands lacs, devrait reléguer cette revendication au rang d’utopie.

Entre-temps, je réessayai le numéro de portable du pasteur. Il répondit et avait déjà lu le mot que nous avions laissé au presbytère. Sa femme nous attendait déjà, et nous rebroussâmes donc chemin pour prendre possession de notre hébergement du jour.

notre hébergement au presbytère

l’hôtel de ville de Fürstenberg

Celui-ci est installé dans les combles du presbytère et sert, comme à Rödlin, au catéchisme. Cuisine, douche, WC et une grande pièce où l’on pouvait gonfler et étaler les lits pneumatiques disponibles : pour un pèlerin, c’est le grand confort. Je pris donc la pompe, heureusement mise à disposition, et gonflai deux des lits. Mes poumons auraient sans doute été un peu dépassés par la tâche. Ce jour-là, nous nous offrîmes un vrai dîner. Comme je l’ai déjà écrit, il faut saisir les occasions. Et ici, elle prenait la forme d’un italien. Et j’adore les pâtes. L’Italien parlait certes avec l’accent berlinois – nous étions désormais dans le Brandebourg –, mais les spaghettis étaient super. Encore un petit tour en passant par le port et l’écluse de la Havel, l’achat obligatoire des provisions pour le lendemain, et voilà que cette journée aussi appartenait au passé. Devant l’église de la ville, nous rencontrâmes encore le pasteur, qui rentrait un panneau publicitaire. Il nous donna dans son bureau le tampon du jour et nous lui remîmes notre don pour l’hébergement. Nous terminâmes de nouveau la journée autour d’une bouteille de vin rouge (cette fois un rioja). Le lendemain nous attendait la plus longue étape de notre périple. Il y aurait près de 35 kilomètres jusqu’à Diemitz. Ici, dans la partie sud du chemin de pèlerinage, il n’y a que peu d’hébergements. De plus, le balisage serait lacunaire.

Eh bien, nous sommes curieux de voir ça.

Étape 6 : Fürstenberg – Diemitz

Ça s’est dégonflé –

les gros matelas pneumatiques que le presbytère de Fürstenberg tient à la disposition des pèlerins. Ils tanguaient un peu, mais on y était bien couché.

Dortoir sur matelas pneumatiques à Fürstenberg

Au petit-déjeuner, il y avait les restes de la veille et du café. Ce jour-là, nous avons quitté la maison dès 7 heures. Car aujourd’hui nous attendait une étape un peu plus longue, de presque 36 km. Et de surcroît un tronçon réputé mal balisé. Donc, attention ! Et c’est vraiment ce qui s’est passé. Sur de longues portions, j’ai dû me fier à mon Garmin et à la trace que j’avais établie d’après la description trouvée sur Internet.

Pour sortir de Fürstenberg, nous avons d’abord longé la B96 jusqu’à ce qu’après le pont sur la Havel, une coquille indique la droite. Derrière le pont ferroviaire commence la cité de Röblin, qui tient son nom du lac au bord duquel elle se trouve. C’est vers ce lac que nous voulions maintenant marcher, mais, contrairement à la description, nous avons pris le chemin de la rive – sans doute un petit détour, mais sur ce chemin, les détours sont en fait la norme et le plus souvent voulus.

belles villas au bord du Röblinsee

Vestiges de l’armée soviétique

Nous avons donc accepté (ici de notre plein gré) ce petit détour et suivi le chemin de la rive, du beau côté des villas au bord du lac. Aucun doute, c’est ici que les habitants aisés de Fürstenberg s’étaient installés autrefois. Et aujourd’hui, l’endroit semblait attirer aussi beaucoup d’« étrangers » fortunés. À grands frais, de grandes villas ont été et sont encore rénovées, et beaucoup brillent à nouveau de leur ancien éclat. Mais les maisons cèdent vite la place à une forêt dense aux ruines mystérieuses. Jusqu’en 1989, il y avait ici une garnison de l’armée soviétique. On en reconnaît encore quelques signes sans équivoque. Peu après, nous avons dû décider si nous continuions à suivre la piste cyclable balisée vers Steinförde ou si nous préférions faire confiance à la description. Car, d’après elle, nous devions continuer à longer la rive du Röblinsee. Seulement, il n’y avait ici aucun panneau. Nous nous étions pourtant promis de suivre autant que possible le chemin décrit et prévu, et nous nous sommes bientôt enfoncés dans la forêt, vers l’inconnu. Le chemin n’existait que dans la description. Sur les cartes du Garmin, il n’y figurait pas. Décrivant un grand arc vers le nord, nous avons alors traversé une forêt merveilleusement sauvage et pleine de moustiques jusqu’à la Steinhavel, puis, en la longeant pendant quelques kilomètres, nous avons atteint Steinförde. Eh bien voilà ! Ici, une coquille nous a de nouveau souhaité la bienvenue. D’après la description, le chemin de pèlerinage tourne tout de suite à gauche après le pont sur la Havel, sur un chemin à travers prés. Et là non plus, aucune indication au bord du chemin. J’ai pris une photo et nous avons tourné, pleins de confiance.

Chemin à travers prés après Steinförde

Marchant sur un chemin à travers prés à peine visible, nous avons bientôt vu apparaître quelques maisons derrière une colline. Ce devait être Kleinmenow, si nous étions sur le bon chemin. Et nous l’étions. Kleinmenow est encore un de ces villages sans route de transit, où ne mène qu’une seule route goudronnée. Nous l’avons quitté par un chemin de terre sablonneux. Sur ce genre de sol, la marche est particulièrement pénible. Nous nous attendions tous les deux à trouver davantage de ces chemins de sable profond dans la région, mais nous étions plutôt contents qu’il n’en soit finalement rien et que les chemins aient été jusque-là le plus souvent assez fermes et faciles à parcourir. Après un grand enclos à chevaux sur la droite, nous sommes bientôt rentrés dans la forêt et nous nous sommes trouvés face au problème suivant : une fourche à trois chemins et pas le moindre panneau.

Alors, lequel ??

Bien qu’il s’éloigne en fait de Priepert, nous avons pris celui de droite, parce que c’était le plus marqué par les ornières. Et nous avions vu juste, comme il s’est avéré plus tard. Car au bout de quelques kilomètres, sur un large chemin forestier recouvert de sable caillouteux bien tassé, nous avons atteint la maison forestière de Priepert. Plus tard, nous avons appris qu’il était en fait prévu de quitter ici le chemin en obliquant à gauche pour rejoindre le chemin de rive de l’Ellenbogensee. Mais une fois de plus, aucun panneau à trouver. Et ainsi, cette fois encore, nous avons choisi la variante la plus simple et suivi jusqu’à Priepert le large chemin qui traverse la forêt tout droit, comme tiré au cordeau. Il était certainement bien plus monotone qu’un chemin de rive, et sur de tels chemins larges, sans relief, sans points de repère ni variété, on a l’impression de ne pas avancer du tout. Je me souviens d’un passage semblable sur le Camino Francés en Espagne. Après la montée dans les monts de Oca, après Villafranca Montes de Oca, vient un large coupe-feu à travers la forêt qui n’en finissait vraiment pas. Seulement, là-bas, les températures étaient en plus à un niveau qui a vite cessé d’être agréable. Nous, en revanche, marchions aujourd’hui ici dans le Mecklembourg, de nouveau par un temps de randonnée idéal. Le soleil brillait dans un ciel d’un bleu éclatant et les températures restaient bien en dessous de 20 degrés.

L’église de Priepert

Belle ferme à Priepert

Et par ce beau temps, nous avons alors traversé Priepert à la recherche d’une boulangerie que nous avait recommandée Mme Rexer de Diemitz (notre hébergement du jour). Mais au visage d’Andrea, j’ai vu qu’elle n’avait aucune envie de chercher plus longtemps. Nous avons donc tourné à gauche derrière l’église en direction du camping. Car il y a là un snack. Et il était vraiment bon – avec des boulettes de viande maison et des gâteaux faits maison. Ainsi, la mine d’Andrea s’est bien vite éclaircie et nous avons pu nous attaquer à la deuxième partie de la journée. Pour cela, il fallait revenir sur la rue principale. Et une fois là, il s’est avéré qu’il nous aurait suffi d’avancer de 50 mètres pour nous retrouver devant la boulangerie tant vantée, qui propose chaque jour des gâteaux frais. Mais c’est comme ça, parfois. Peu avant le but, on abandonne, résigné, parce qu’on croit l’avoir perdu de vue. Pourtant, il faudrait toujours oser un coup d’œil au coin de la rue. Au téléphone, Mme Rexer nous avait même proposé de venir nous chercher ici à Priepert lorsqu’elle avait appris que nous partirions de Fürstenberg. J’ai bien sûr décliné avec reconnaissance cette gentille proposition. Nous n’avons encore jamais triché sur un chemin de pèlerinage et ce n’est pas dans le Mecklembourg que nous allions commencer. Et jusque-là, tout allait bien. Mes pieds, qui ne m’avaient jusqu’ici posé aucun problème, étaient sans ampoules ni douleurs, et ma tête me poussait à continuer. Seul mon dos me causait de plus en plus de problèmes de jour en jour, parce que je n’avais toujours pas trouvé la position optimale du sac à dos. Cela commençait toujours vers 20 kilomètres. Et nous y serions bientôt.

Belle vieille allée après Priepert

Vieille grange au bord du chemin

Après Priepert, que l’on quitte par le pont sur la Havel sur une route asphaltée, le chemin oblique bientôt à droite sur un chemin de terre. Après ce chemin de terre, d’où nous avons jeté un dernier regard en arrière vers Priepert et le Priepertsee, nous avons traversé une magnifique vieille allée de chênes jusqu’au hameau de Hartenland. Derrière ce minuscule village aussi, l’allée continuait. Ici, on avait l’impression que le revêtement de la route avait été retiré il n’y a pas si longtemps. Le sol entre les arbres était retourné, meuble et sans végétation. J’aurais bien pu imaginer ce chemin comme une vieille route pavée, ce qu’il a peut-être été autrefois. Les pavés ornent peut-être maintenant une place de marché ou une propriété privée. Peu importe, quelqu’un en a eu besoin, et maintenant cette allée a l’air un peu bizarre. Elle se termine d’ailleurs de façon assez peu spectaculaire, dans le néant. Car elle débouche sur un petit sentier où il nous a de nouveau fallu décider s’il fallait aller à droite ou à gauche, car là encore, aucun panneau en vue. Et il ne semblait même jamais y en avoir eu.

Ahhh !

Mais avant de pouvoir continuer, je devais faire quelque chose pour mon dos. On n’imagine pas à quel point ça détend de s’allonger à plat dans un pré. C’est ce que j’ai fait, et j’ai dû faire attention à ne pas m’endormir. Mais ce panneau manquant ne me sortait pas de la tête. Et j’ai donc dû de nouveau mettre le Garmin à contribution. Plus tard, j’ai noté dans mes traces les endroits où il me semblerait judicieux d’installer un panneau. J’ai aussi signalé les endroits où l’on voyait qu’il y en avait eu un autrefois. Sur cette étape, nous avons rencontré beaucoup de ces panneaux détruits par des vandales ou des chasseurs de souvenirs, ou devenus illisibles sous l’effet des intempéries. On nous a raconté que des riverains détruisent eux aussi régulièrement les panneaux, ce que j’ai attribué à une méconnaissance de ce que représentent le pèlerinage et le chemin, ou, dans le pire des cas, à la bêtise et à la malveillance. En tout cas, il faudrait ici un travail d’information plus large de la part de l’Église régionale et du gouvernement du Land, qui organisent le chemin. Nous, pèlerins, ne pouvions qu’améliorer l’image du chemin par une attitude ouverte et aimable – ou tout simplement lui en donner une.

Wustrow

Nous avons donc essayé de sourire et de saluer de façon particulièrement aimable chaque fois que nous croisions quelqu’un. Pendant une pause à Wurstrow, que nous venions d’atteindre et où il y a une petite épicerie dans laquelle nous avons trouvé à manger et à boire, nous avons même participé à une chasse aux canards. Quelques petits canetons s’étaient échappés et risquaient de se faire écraser sur la route. Mais tout s’est bien terminé, de justesse. Car ils ont disparu dans la ferme voisine. Mais à Wustrow aussi, il manquait un panneau à l’endroit décisif. Presque à la sortie du village, il faut en effet prendre à gauche.

Panorama après Wustrow

Nous sommes montés à travers le sable profond du Mecklembourg en direction du Klenzsee. Peu après, nous avons de nouveau vu un poteau sur lequel une coquille indiquait autrefois le chemin. Puis un autre, dont le panneau avait été arraché. Peu à peu, ça devenait vraiment trop. Heureusement, cela n’enlevait rien à l’attrait du chemin. C’était un plaisir de marcher ici, et il faut une fois de plus souligner la main heureuse qu’on a eue dans le choix des chemins.

Village de l’âge de pierre ou ermite au bord du Klenzsee ?

Au Klenzsee, le chemin longe une fois de plus directement la rive, et nous y avons vu une petite hutte de roseaux avec un foyer, telle qu’on l’aurait plutôt imaginée à l’âge de pierre. La proximité du camping de Seewalde explique sans doute cette hutte et les quelques joggeurs que nous avons vus sur le chemin de la rive. Près de Seewalde, nous avons quand même un peu triché, car nous ne sommes pas allés jusqu’au camping, mais sommes restés sur la route jusqu’à Drosedow. À Drosedow (avant que la route ne se divise), de nouveau un endroit qu’un panneau doit absolument signaler. En plein village, il faut prendre à gauche vers le Drowsedower Riek, une zone marécageuse. Avant de quitter le village, encore une souche de bois au sommet de laquelle il y avait autrefois une coquille. C’est dommage que les efforts des autres soient si peu respectés, car on voyait bien que ce panneau avait été arraché de force.

Chemin de rondins à travers le marais près de Drisedow

À travers le Drosedower Riek mène un sentier boueux et humide que je n’aimerais pas forcément emprunter par mauvais temps. À l’endroit où cela devient vraiment marécageux, il y avait ensuite, jusqu’à une passerelle surélevée, un chemin de rondins qui avait été refait il n’y a pas si longtemps. Car les vieux rondins étaient entassés dans le marais et y pourrissaient tranquillement. Après la passerelle en bois, qui nous a beaucoup rappelé le Spreewald, on arrive à un croisement où il faudrait tout simplement, là encore, un panneau. Ici, il faut aller à gauche, car les deux autres possibilités se terminent en cul-de-sac au bord du Rätzsee. Nous avons suivi ce chemin à travers une haute futaie dense et sombre. Au bout d’environ 2 kilomètres, une fourche où il faut prendre le chemin de gauche, car à droite on va vers le moulin de Fleeth (Flether Mühle).

Poteau arraché avec son panneau

Mais nous voulions maintenant arriver enfin à Diemitz, qui ne pouvait plus être bien loin. J’ai donc encore vite photographié le panneau arraché du sol et devenu inutilisable, et nous avons suivi le chemin que m’indiquait le GPS. En montant un peu, nous avons atteint le carrefour où se rejoignent les routes venant de la Flether Mühle, de Canow et de Diemitz. La suite du chemin est certes sans ambiguïté, mais nous avons quand même remarqué que, sous un panneau routier, il y avait encore une place vide où une coquille avait autrefois été vissée. On finit par avoir l’œil pour repérer où devrait se trouver un panneau. Je ne suis pas pour autant partisan de tapisser la forêt de panneaux, comme c’est le cas peu avant Santiago. Un peu de sens de l’orientation et un petit frisson font partie d’un tel périple, ainsi qu’un minimum de bon sens – que je refuse toutefois aux gens qui s’en prennent ici aux panneaux installés à grand-peine. Car aux points névralgiques, ces panneaux sont très utiles et aident à garder son calme intérieur. Ce calme, nous l’avions retrouvé, avec la certitude d’être tout près du but de la journée.

Enfin ! Après presque 36 kilomètres

Après le pont sur la Havel, le chemin aurait normalement dû redevenir un chemin de rive (vers le Vilzsee). Faute de panneau, nous sommes toutefois restés sur la route jusqu’à Diemitz. Arrivés là, nous avons très vite trouvé la maison de Mme Rexer, qui n’était pas encore rentrée. Observés avec curiosité par les voisins, nous nous sommes installés sans façon sur la pelouse devant sa maison, où elle venait tout juste d’emménager. D’autant plus étonnant qu’elle accueille déjà des pèlerins, car la maison est encore un vrai chantier. Mme Rexer, arrivée peu après, nous a appris qu’elle projette de transformer un ancien pigeonnier en hébergement pour pèlerins. Nous sommes restés longtemps assis au salon à bavarder de tout et de rien, mais surtout, bien sûr, du chemin. Car Mme Rexer s’occupe, en tant que marraine du chemin, des environs immédiats, et nous venions de lui confirmer ses craintes : beaucoup de panneaux avaient disparu, pour les raisons les plus diverses. Elle m’a demandé de lui faire un retour après l’analyse de mes données et de mes photos, ce que je lui ai bien sûr promis. Il était en fait convenu que je monte notre tente ici, sur le terrain, puisque l’hébergement n’est vraiment pas encore prêt. Mais cette nuit-là, les températures devaient chuter brutalement. Nous avons donc accepté avec reconnaissance la proposition de Mme Rexer de dormir dans le salon. J’ai donc gonflé nos matelas pneumatiques et nous avons passé la nuit dans la maison. Nous tenons à remercier ici encore très chaleureusement Mme Rexer pour son hospitalité, les conversations agréables et la salade de pommes de terre.

Excusez-moi si le mot « panneau » revient si souvent dans ce billet. Mais sur cette étape, c’était tout simplement un vrai problème.

Étape 7 : Diemitz – Mirow (18 km)

Seraient-ce vraiment seulement 18 kilomètres que nous parcourrions aujourd’hui, sur la dernière étape de la variante est du Pilgerweg Mecklenburgische Seenplatte ? Cela dépendait de notre capacité à trouver, cette fois, les bons chemins. Mais d’abord, nous étions assis à la table du petit-déjeuner avec Mme Rexer. Elle a pris le temps pour nous, et nous lui étions très reconnaissants de nous avoir trouvé une place dans sa maison. Le don que nous avons laissé ira à l’église de Diemitz, nous a-t-elle dit. Car celle-ci serait dans un état inquiétant, nous a-t-elle dit. Nous l’avons encore remerciée, avons pris nos affaires et nous sommes mis en route, de nouveau par un temps magnifique, non sans lui promettre encore une fois de donner de nos nouvelles.

Église de Diemitz

Comme Mme Rexer prend grand soin du chemin et connaît bien la région, j’ai l’espoir qu’elle parviendra à faire en sorte que le balisage s’améliore aussi dans la partie sud, et que, grâce à son bel exemple, d’autres personnes se décideront peut-être à proposer un hébergement aux pèlerins.

Intérieur de l’église de Diemitz

Dans ce village tout en longueur, nous atteignons vite la petite église de Diemitz et voyons ce que l’eau a déjà fait à la maçonnerie sous l’avant-toit. On distinguait nettement les zones où l’humidité s’était déjà infiltrée. Il fallait d’urgence refaire ici le toit et la gouttière. En bas, au niveau du soubassement, on voyait aussi des remontées d’humidité. À l’intérieur, nous avons été surpris par les couleurs vives et la richesse du mobilier de l’église. Un autel-chaire un peu trop grand à mon goût et pour cet espace domine la salle. Les têtes des statues touchent déjà le plafond, peint d’angelots joufflus et de trompettes qui semblent chasser en soufflant les nuages peints sur le plafond. La peinture du plafond est sans aucun doute le joyau de l’église. Il y a aussi un orgue à la tribune, qui semble en assez bon état. Espérons que suffisamment de dons seront réunis pour sauver cette église.

en route vers le Großer Wummsee

Nous avons quitté le village en direction du Wummsee, sans oublier de prendre des photos aux endroits où se trouvaient autrefois des panneaux à coquille. Le tronçon suivant, qui longe directement la rive du Großer Wummsee, compte parmi les plus beaux paysages que nous ayons vus sur le chemin. Le chant des nombreux oiseaux, qui rompait le silence du matin, nous a accompagnés sur ce chemin. Çà et là, nous arrivions tout au bord de l’eau et voyions l’eau cristalline. Et s’il n’avait pas fait si froid, je n’aurais finalement pas emporté mon maillot de bain pour rien. Les branches qui pendaient bas au-dessus de l’eau, avec leur feuillage frais, scintillaient dans les reflets de la lumière du soleil qui se miroitait sur la surface légèrement ridée de l’eau. Çà et là, un arbre géant renversé pourrissait dans l’eau. Le sol, imbibé par l’eau toute proche, cédait légèrement sous les pieds et donnait l’impression d’un épais tapis. Le bruit des pas était sourd. Tout était une fête pour les sens. Vous le voyez, je m’enthousiasme. Mais comment l’expliquer ? – Le mieux, c’est avec des photos :

Ici, nous avons fait plus de pauses que d’habitude en espérant que cela durerait encore longtemps. Mais même ce tronçon le long du Wummsee, vraiment grand, a fini par prendre fin. Ce détour sur la route de Mirow valait vraiment la peine. Car bien sûr, notre étape du jour ne menait pas non plus au but par le chemin le plus court.

Le long de la rive, l’orientation n’avait jusque-là posé aucun problème. Mais voilà qu’ils étaient de retour, nos problèmes de balisage. Nous avions le choix entre un chemin à gauche, vers une zone marécageuse avec un chemin de rondins (sûrement très intéressant aussi), et un autre, à moitié envahi par la végétation, tout droit. Nous avons choisi ce dernier, car l’autre nous aurait encore éloignés de Mirow. Ce n’est qu’à l’aide du GPS que nous avons trouvé la direction à travers la haute futaie dense qui suivait. Arrivés sur un chemin principal, nous sommes retombés au bout de quelques centaines de mètres sur une coquille. Quel aurait été vraiment le bon tracé ici, nous n’avons pas pu le découvrir jusqu’à présent. Peut-être qu’un jour, en réaction à mon blog, quelqu’un qui le sait mieux que moi apportera une correction.

Et encore des panneaux détruits

Quoi qu’il en soit, nous étions maintenant sur un long chemin forestier en direction du village de Schwarz. Après ce qui nous a semblé une éternité, le chemin forestier s’est transformé en chemin de terre sablonneux au bord d’un champ de colza. Puis, derrière une colline, le clocher de Schwarz est apparu. Dans Schwarz, le chemin suit très probablement la rue principale. Mais nous avons obliqué à droite vers la rive du Zethner See, sachant aussi qu’il y avait là de quoi prendre un deuxième petit-déjeuner. La suite du chemin le long de la rive nous a menés à un camp de vacances où un groupe de jeunes se préparait justement à une sortie en canoë. Le sentier que m’indiquait mon Garmin et qui devait nous ramener directement sur le chemin de pèlerinage se terminait sur une propriété privée. Il nous a donc fallu remonter en faisant un arc jusqu’à la rue principale.

Lotissement de chalets « finlandais » près de Schwarz

Nous n’avons pourtant pas regretté ce petit crochet. Toujours sous un soleil radieux, nous avons continué sur des chemins de terre creusés d’ornières, en passant devant un lotissement de Finnhütten, ces « huttes finlandaises » qui étaient une forme de construction très prisée pour les maisons de week-end à l’époque de la RDA. Qui a eu l’idée de nommer ces huttes d’après le pays scandinave, l’histoire ne le dit certainement pas. Lors d’un voyage en Finlande au milieu des années quatre-vingt-dix, j’ai en tout cas pu constater qu’il n’existe pas une seule maison de ce genre en Finlande (ou alors elle était bien cachée). Seuls les séchoirs en bois sur lesquels les pêcheurs du Finnmark suspendaient leurs prises pour en faire du stockfisch rappelaient cette forme de construction. Et là-dedans, avec cette puanteur, personne ne veut vraiment habiter. Ces maisons étaient si appréciées ici, dans les nouveaux Länder, et si parfaitement conçues qu’elles ont même été exportées. Après la réunification, nous avons retrouvé ces maisons dans la station balnéaire de Damp, sur la Baltique. C’est là qu’ont eu lieu les épreuves de voile des Jeux olympiques de 1972, et le village olympique était en grande partie composé justement de ces maisons, qui (c’est ce qu’on m’a raconté sur place) avaient été construites par une entreprise de RDA.

Sur la Hohe Brücke avant Mirow

La petite ville de Mirow

Mais je m’égare. Où en étais-je ? « Jeux olympiques »… Aujourd’hui, il ne fallait pas de performance olympique pour arriver au but. Simplement, il s’était mis à faire étonnamment chaud. Nous avons donc marché sans pause jusqu’à Mirow, sans nous laisser arrêter par deux énormes chiens errants (sans doute des montagnes des Pyrénées blancs). Il ne leur restait plus grand-chose de blanc. Ils semblaient tout juste sortis d’un marais. Heureusement, ils avaient plus peur de nous que nous d’eux.

Mirow nous a accueillis par une rue pavée le long de laquelle se tassaient de petites maisons mitoyennes d’un ou deux étages. Pour le reste aussi, la ville nous a paru très provinciale, si je puis dire. Je me l’étais imaginée tout autrement. Du coup, le grand château et l’immense église des Hospitaliers sur l’île du château semblent ne pas du tout en faire partie. Ce qui, en revanche, paraissait digne d’une grande ville, c’était la circulation. De longues files de voitures se formaient à un feu de chantier, sans lequel traverser la rue à pied serait devenu une aventure risquée. On accède à l’île du château, notre premier objectif à Mirow, par le pavillon d’entrée.

Château de Mirow

Le château de Mirow apparaît ensuite sur la droite. Le château est en cours de rénovation et, malheureusement, nous n’avons pas pu y entrer. Mais de l’extérieur, il avait déjà fière allure. Notre chemin nous a ensuite conduits à l’église des Hospitaliers, où un panneau sur pied nous invitait à découvrir le « clocher-découverte » (Erlebniskirchturm). Que peut-on bien vivre dans un clocher ? Bon, d’accord, on peut parfois y monter. À la caisse, nous avons demandé un tampon de pèlerin. Mais le monsieur ne savait pas trop quoi faire de nous. Avant de monter dans la tour avec nos sacs à dos, nous étions d’accord : nous allions d’abord chercher notre hébergement. Cette fois, il ne se trouvait pas au presbytère local (d’après le site Internet, on y fait encore des travaux), mais chez un particulier.

Hébergement pour pèlerins à Mirow

J’avais déjà été deux fois en contact avec Mme Meyer, si bien qu’elle savait que nous étions en approche. Trouver la maison n’a pas été bien difficile, même si là non plus on ne voyait aucun panneau d’hébergement. Mme Meyer nous a aimablement fait entrer sur sa propriété et nous a montré l’hébergement, qui se trouve dans une dépendance au fond du jardin. Une grande pièce claire avec un canapé, une table avec des chaises et deux épais matelas nous y attendait. Une petite cuisine et la douche complétaient l’impression extrêmement positive. Après les presbytères très spartiates de Wokuhl et de Fürstenberg, c’était ici le luxe absolu. Nous avons d’abord fait une grande lessive, et une fois installés, Mme Meyer nous a invités à prendre le café avec du gâteau. Elle nous a confié que, depuis la mort de son mari, elle ne loue plus l’hébergement qu’à des pèlerins. Et que, même si elle n’a encore jamais parcouru de chemin de pèlerinage, elle a l’impression de pèleriner elle-même lorsqu’elle discute avec des pèlerins et écoute leurs histoires passionnantes. Je voudrais remercier ici encore une fois cette gentille dame pour son accueil chaleureux. Nous nous sommes sentis comme chez nous. C’est toujours un bonheur de rencontrer de telles personnes. Elles enrichissent nos chemins de pèlerinage.

Église des Hospitaliers de Mirow

Après le café, nous nous sommes pourtant remis en route, car le clocher-découverte nous attendait encore et avait éveillé notre curiosité. Le monsieur de la caisse s’était sans doute renseigné entre-temps. Car sans poser d’autres questions, il nous a apposé deux tampons dans notre crédenciale. Sa proposition – en haut de la tour, il y a des livres en libre choix à un euro pièce, et nous devions en choisir quelques-uns – m’a toutefois montré qu’il ne savait pas vraiment de quelle manière nous nous déplacions. J’ai décliné l’offre en le remerciant et j’ai évoqué les bagages que nous devrions encore porter sur le dos le lendemain.

L’église des Hospitaliers se trouve sur l’île du château ; c’est un édifice gothique en brique à nef unique du XIVe siècle. C’est le plus ancien bâtiment de Mirow, mais elle a dû être reconstruite deux fois (après un incendie en 1742 et après des tirs d’obus en 1945). L’intérieur a été aménagé dans le style baroque. Depuis 1993, grâce à une association de soutien, l’église possède de nouveau un clocher.

Vue du clocher sur le Mirowsee

Nous y avons alors gravi les nombreuses marches, non sans regarder l’intéressante exposition sur l’histoire de l’ordre de Saint-Jean, installée aux différents étages. Une fois en haut, on a une très belle vue sur la ville et les environs. Le Mirowsee, qui scintillait dans le soleil du soir, et les petites maisons de vacances alignées comme un collier de perles sur sa rive avaient quelque chose de très idyllique. Presque sans bruit, quelques capitaines du dimanche voguaient sur le lac avec leurs bateaux, laissant à la surface de l’eau un motif de sillages qui se brisaient les uns contre les autres. Du côté tourné vers la ville, des croassements bruyants nous tapaient sur les nerfs. Des centaines de corbeaux freux se rassemblaient dans les grands tilleuls autour de l’église et construisaient tout là-haut leurs nids désordonnés. Sur le toit de l’église, nous avons vu la grande installation photovoltaïque, un spectacle auquel on ne s’attend pas vraiment sur le toit d’une église. Ayant faim, nous sommes redescendus du clocher et avons cherché où manger. Nous avons trouvé notre bonheur à la « Blaue Maus », un restaurant de la Schlossstraße, où nous avons très bien mangé pour pas cher. Nous avons failli laisser filer le temps, car nous devions encore faire quelques courses pour le soir et le lendemain. Et le supermarché était bien sûr, une fois de plus, assez loin à l’extérieur. Peu importe. Heureusement, marcher, on a l’habitude. La bouteille de vin rouge que nous avons pu dénicher juste avant la fermeture, nous l’avons vidée dans le jardin devant l’hébergement, au grand dam du petit chien des voisins. Bruyamment, et sans cesse rappelé par son maître ou sa maîtresse, le roquet essayait de nous chasser. « Nous en avons un pareil à la maison ! », ai-je tenté de rassurer les voisins, que tout cela commençait à gêner un peu. « Demain, nous serons repartis et tu auras de nouveau la paix », ai-je dit au chien, ce qui ne l’a pas vraiment calmé non plus.

C’est ici que se terminait la branche est du chemin de pèlerinage. Et d’une certaine façon, j’étais content que nous repartions le lendemain, dans la direction opposée, vers le nord. Car ma curiosité et mon envie de marcher étaient encore loin d’être assouvies.

Étape 8 : Mirow – Wesenberg (14 km)

Bon, à partir de maintenant, c’était dans l’autre sens, autrement dit : dans la direction opposée.

Petit-déjeuner à Mirow

Nous étions curieux de voir comment cela se passerait avec les panneaux dans le dos. Et après l’expérience des deux dernières étapes, j’étais une fois de plus content d’avoir emporté le Garmin. Mais à part quelques endroits où nous avons dû chercher un peu, cela s’est finalement mieux passé que prévu. Mais pour l’instant, c’était l’heure du petit-déjeuner chez Mme Meyer. Pendant que nous faisions nos sacs, Mme Meyer a mis la table dans le jardin, et nous nous sommes régalés sous un soleil déjà de nouveau radieux dès le matin. Nous aurions pu continuer à bavarder éternellement. Mais à un moment donné, il a été temps de partir, même si, avec 14 kilomètres, l’étape n’était de nouveau pas très longue. Nous avons donc pris congé de Mme Meyer avec un grand merci et lui avons souhaité de pouvoir offrir encore à beaucoup de pèlerins un hébergement aussi agréable.

Chemins forestiers près de Mirow

Pour sortir de Mirow, nous nous sommes d’abord aidés du GPS. Nous avons longtemps longé un large fossé de drainage bordé de bouleaux. Et nous avons déjà trouvé le premier panneau. Alors que jusque-là je prenais surtout mes photos dans le sens de la marche, je photographiais maintenant de plus en plus souvent vers l’arrière, c’est-à-dire comme on verrait normalement le chemin en marchant dans le bon sens. Par d’idylliques chemins forestiers, nous avons bientôt atteint Leussow. Il faut de temps en temps regarder derrière soi pour reconnaître la direction à prendre. Cela paraît bizarre au premier abord. Mais c’est logique quand on a remarqué que les balises sont toujours placées de façon à ce qu’on les voie de loin malgré leur petite taille. Nous nous placions donc devant les panneaux, faisions un demi-tour de 180 degrés et savions par où continuer. Après Leussow, en revanche, nous avons cherché un panneau un peu plus longtemps. Plusieurs chemins bifurquaient ici, et Andrea avait heureusement choisi le bon. En dessinant la trace d’après la description du chemin trouvée sur Internet, je m’étais sérieusement trompé à cet endroit, et le Garmin nous aurait donc envoyés dans la mauvaise direction à Leussow. Nous serions sûrement arrivés à Wesenberg quand même, mais justement pas par le bon chemin.

Forêt de myrtilles

Nous avons donc continué à suivre la bonne direction, retrouvée après une longue recherche, à travers une pinède au tapis vert lumineux de myrtilliers. La zone que nous traversions maintenant était encore, 23 ans plus tôt, un terrain d’entraînement de l’armée soviétique. C’est pourquoi on voyait encore partout de profonds creux, vestiges de positions enterrées.

Enterré

Au bord d’un chemin forestier envahi par la végétation et à peine discernable, sur lequel (ou plutôt depuis lequel) une coquille nous avait envoyés, je me suis assis dans un ancien trou de tirailleur, j’ai fait une pause et j’ai pensé au pauvre soldat qui avait dû creuser ce trou autrefois. Car j’ai moi-même été un jour dans la même situation. On aurait pu nous faire creuser ces trous en lisière de forêt. Mais dans la forêt, les instructeurs prenaient apparemment beaucoup plus de plaisir à nous regarder batailler avec les grosses racines des arbres. C’est loin, mais ça reste en mémoire. Avec le temps, beaucoup de choses s’embellissent, et seuls les moments agréables et drôles du service militaire restent en mémoire. Mais ces put… trous de tirailleur, eux, sont restés. C’était maintenant à la nature de s’occuper de ces vestiges. Et seuls quelques creux envahis de végétation, mais encore visibles dans le sol vert de la forêt, rappelaient encore le passé. Le chemin à travers la forêt s’est une fois de plus étiré en longueur, et il a fallu un bon moment avant que nous entendions de nouveau les bruits d’une route proche. Jusque-là, cela signifiait le plus souvent que nous étions tout près du but de la journée. Car les organisateurs (comme je l’ai déjà écrit) s’étaient, sur cette étape aussi, donné la peine de nous envoyer faire plus d’un détour, rien que pour nous exposer sans retenue au calme de la forêt.

Passage à niveau près de Wesenberg

Sur la piste cyclable longeant une route, nous approchions maintenant de Wesenberg, et devant une barrière fermée, je n’en ai pas cru mes yeux en voyant arriver un vieil autorail bordeaux qui portait encore les insignes de la Deutsche Reichsbahn. Dès 1890, la petite ville a été raccordée à la Neustrelitz-Wesenberg-Mirower Eisenbahngesellschaft. Et aujourd’hui encore, la ligne est donc toujours exploitée. En entrant en ville, on remarque tout de suite le caractère homogène du bâti de cette ville médiévale construite en ovale au pied d’un château fort. Beaucoup de vieilles maisons à colombages ont été restaurées avec amour, et tout s’accorde d’une façon ou d’une autre.

Place du marché de Wesenberg

Au milieu de la vieille ville s’élève l’église paroissiale gothique Sainte-Marie (St. Marien). Et c’est tout près d’ici que devait se trouver notre hébergement du jour, au presbytère. Et effectivement, après un petit tour d’honneur sur la place du marché, nous avons trouvé la maison en brique rouge. L’ancien pasteur de la paroisse, qui était déjà assis sur ses valises quand je l’ai contacté pour la première fois et qui a désormais pris un nouveau poste à Hamburg-Altona, m’avait donné le numéro de téléphone de M. Lömpke, de Schwarz, qui s’occupait maintenant du poste vacant ici, à Wesenberg. Et celui-ci nous a à son tour indiqué par téléphone qu’un numéro de téléphone était affiché dans la vitrine devant le presbytère. Si nous y appelions, quelqu’un du village viendrait nous ouvrir. On le voit, un téléphone est très important sur ce chemin, sinon on a de sérieux problèmes pour organiser les hébergements. Et effectivement, peu après, un pick-up portant le logo d’une entreprise de construction s’est arrêté, et un homme en tenue de travail (le patron de l’entreprise, comme il s’est avéré) en est descendu et nous a salués. Il était déjà au courant et nous a alors montré le presbytère entièrement rénové.

aménagement assez spartiate de l’hébergement

Autant il paraissait rustique de l’extérieur, autant il était aménagé de façon moderne à l’intérieur. Des sanitaires ultramodernes, une cuisine entièrement équipée, des fenêtres et des portes neuves et un mobilier neuf dans les salles communes du rez-de-chaussée laissaient supposer qu’on y avait investi beaucoup d’argent. Ici, on n’avait pas lésiné. À mon sens, c’était toutefois par endroits déjà un peu trop, vu l’état de certains bâtiments que nous avions vus jusque-là le long du chemin. Pour l’équipement de l’hébergement des pèlerins à l’étage, en revanche, on avait malheureusement un peu économisé. Un canapé qui semblait être resté en trop quelque part et un lit de camp fatigué à côté d’un vieux portemanteau qui n’était pas fixé au mur, c’était tout ce que nous avons trouvé. Pourquoi je n’ai pas gonflé nos matelas pneumatiques ici, je ne le sais toujours pas aujourd’hui. Car la nuit allait devenir une torture. J’avais accepté de dormir sur l’étroit canapé, et Andrea avait étalé son sac de couchage sur le lit de camp, qui grinçait si fort pendant la nuit au moindre mouvement que nous nous réveillions tous les deux. Mais il ne nous appartient pas de nous lamenter davantage. Nous avions un toit au-dessus de la tête, et en tant que pèlerin, on devrait être prêt à s’accommoder des conditions les plus simples. C’est d’ailleurs, entre autres, ce qui fait le charme de cette façon de se déplacer : prendre congé pour un temps de la société d’abondance, « décrocher » pour un temps, comme on dit si joliment. Mais personne ne devait nous prendre pour des marginaux, et nous avons donc bien vite profité des bienfaits de l’époque moderne sous la forme d’une douche à l’allure futuriste.

Tilleul séculaire devant l’église

Château fort de Wesenberg

Débarrassés de la poussière du chemin, nous sommes partis faire un tour de cette ville vraiment jolie. Devant l’imposante église, on remarque tout de suite un tilleul gigantesque. Son tronc atteint un diamètre respectable de huit mètres, ce qui lui a valu le statut de monument naturel. La place du marché joliment restaurée, nous l’avions déjà vue. Nous avons donc suivi les panneaux vers le château fort et le port. Nous avons d’abord laissé le château de côté, d’autant qu’il n’avait pas l’air particulièrement spectaculaire. Le site est rénové depuis 1992 et ne ressemble pas vraiment à l’idée qu’on se fait d’un château fort médiéval. La tour-prison (Fangelturm) est un moignon de brique un peu informe au bout d’un grand bâtiment tout en longueur. Pendant la guerre de Trente Ans, le château a été en grande partie détruit, et il n’en est resté que la porte, des parties du mur d’enceinte et le tronçon de la tour. Aujourd’hui, l’ensemble appartient à la ville de Wesenberg et abrite plusieurs services, comme l’office de tourisme ou un petit musée local qui présente une exposition sur la pêche et la sylviculture de la région, et dont s’occupe une association du château.

Le port de Wesenberg

Mais tout cela, j’ai dû l’apprendre en lisant, car au retour, tout était déjà fermé. Car nous nous sommes d’abord occupés de trouver quelque chose à manger, ce que nous avons trouvé dans un Biergarten au port. À propos de port : il a une taille à la mesure de la ville et ne se compose donc que d’un long ponton en bois qui épouse une petite anse du Woblitzsee. Quelques pêcheurs à la ligne, qui fixaient la surface de l’eau d’un air pas très heureux (bonne pêche !), étaient assis sur des chaises pliantes sur le ponton, et un bateau d’excursion y était amarré près d’une borne d’alimentation. La visite a donc été courte en conséquence. Un aller sur le ponton, quelques photos du lac, retour, et nous nous sommes de nouveau tournés vers le Biergarten, dont la bonne fréquentation nous laissait supposer que cela pourrait valoir la peine d’y manger.

Biergarten « am Hafen »

La carte bien fournie promettait aussi que rien ici ne sortait d’une boîte de conserve, que maman faisait encore la cuisine elle-même. Et je peux le confirmer. Car la soupe de goulasch commandée a été le clou de la journée. Le propriétaire du snack bricolait un pied de parasol en grommelant et ne semblait pas très bavard au premier abord. Quelques remarques approbatrices, et voilà que son visage s’est éclairé et qu’il est même devenu drôle. Il était sans doute un peu agacé par toutes les tâches que lui avait confiées sa femme, qui se tenait derrière le comptoir. On était en pleins préparatifs pour la Pentecôte toute proche. Et l’immense pelouse fraîchement tondue autour de la petite scène me laissait deviner combien de fois l’homme avait déjà dû faire l’aller-retour dessus aujourd’hui pour obtenir cet aspect soigné. Mais ce qui a retenu mon intérêt, c’était la petite scène en bois avec la piste de danse de la terrasse. Surtout à cause des difficultés que nous avons à obtenir l’autorisation d’une piste de danse chez nous, dans notre parc. J’en ai déjà parlé dans un autre billet. Des idées ont germé en moi, et nous en avons discuté ensemble. Sur la scène, on lisait en lettres colorées « Wesenberger Kleinkunstbühne ». Peut-être devrions-nous simplement donner à notre projet un nom intéressant et le changer chaque année, pour bombarder encore et encore de demandes les administrations obstinées. Jusqu’à ce qu’elles en aient assez de nous et daignent au moins venir voir sur place. Car jusqu’ici, la décision a toujours été prise depuis un bureau (négativement, bien sûr), ce qui a tout de même déjà pris 5 ans. Et nous avons ainsi tiré des plans sur la comète, sans remarquer le temps qui passait. Car pour monter dans la tour, il était entre-temps trop tard. La lourde porte d’entrée de la tour était déjà fermée, dommage, mais on n’y pouvait rien. Ce à quoi nous devions encore remédier, en revanche, c’était le vide de nos sacs à dos en matière de provisions. Comme d’habitude, le supermarché local se trouvait une fois de plus un peu à l’extérieur. Une habitante à qui nous avions demandé où trouver un supermarché nous a envoyés à travers un lotissement neuf en bordure de la ville. Ne demandez jamais votre chemin en ville à un automobiliste ! La brave dame n’était sans doute jamais allée à pied au supermarché. Pourquoi d’ailleurs, il y a de beaux grands parkings devant. Et nous n’avons remarqué le détour qu’au retour, quand nous avons pris le clocher de l’église paroissiale comme point de repère.

Le soir

La soirée était encore jeune, et la chambre et le couchage n’étaient pas vraiment engageants. Nous avons donc sans plus de façons sorti une table de la cuisine dans la cour pour y savourer encore une petite bouteille de rioja (notre vin préféré depuis le Camino Francés). Juste en face, un couple de cyclistes venait d’emménager dans la pension pour cyclistes, et quand ils nous ont remarqués, ils ont tiré tous les rideaux. Donc pas de télé ! Mais j’avais encore sur mon portable quelques petits films de Kurt Krömer, Rainald Grebe et H. P. Kerkeling, qui nous ont bien amusés jusqu’à ce que la batterie soit vide. Il a alors fallu, un peu à contrecœur, aller au lit, et nous nous doutions déjà de ce que cette nuit allait donner. Comme je l’ai déjà dit, Andrea ne pouvait pas dormir, parce qu’elle osait à peine bouger, de peur que le lit de camp ne grince affreusement, et moi, je me réveillais chaque fois que cela arrivait quand même. Moi, en revanche, je pouvais à peine bouger, car sur le canapé je ne pouvais m’allonger que de chant (sur le côté), les pieds posés sur l’accoudoir.

Mais pourquoi n’ai-je donc pas gonflé les matelas pneumatiques ??

Étape 9 : Wesenberg – Neustrelitz (20 km)

C’est la seule étape où l’on quitte la localité par le même chemin que celui par lequel on y est entré. Et c’est ainsi que, vers 8 heures, nous avons de nouveau traversé Wesenberg d’un pas traînant. La nuit avait tenu ce que promettaient les couchages de fortune. Et nous n’étions pas encore vraiment réveillés. Nous aurions bien pu prendre le petit-déjeuner chez le boulanger juste en face du presbytère, qui ouvrait déjà à 7 heures. Mais nous aurions alors de nouveau trimballé dans le sac à dos tout un tas de provisions vieillissantes, qui ne s’amélioreraient pas pour autant. Nous avons donc préféré grignoter nos petits pains de la veille, et j’en avais encore garni deux comme casse-croûte pour la route. À Neustrelitz au plus tard, il y aurait bien assez d’occasions de refaire le plein de provisions.

Départ matinal à Wesenberg

Bon sang, qu’il faisait chaud aujourd’hui ! Dès le matin, on sentait que les jours frais étaient derrière nous. Déjà hier, sur l’étape vers Wesenberg, il faisait nettement plus chaud que sur les étapes précédentes. Mais ne nous plaignons pas. Jusqu’ici, nous avions eu une sacrée chance avec la météo. Et nous n’avions eu besoin de nos vestes de pluie qu’une seule fois. À l’extrémité sud-ouest de la vieille ville, nous avons dû tenir notre droite et, cette fois, nous avons traversé les voies ferrées par un autre passage à niveau que la veille. Ensuite, le chemin quittait la ville vers le nord-ouest en traversant un lotissement de maisons individuelles, en une longue montée régulière. Après la sortie de la ville, Kleinquassow, un quartier de Wesenberg, n’était plus très loin. Là, il y avait de nouveau, au bon endroit, un panneau qui nous a enfin fait quitter la route asphaltée sur laquelle nous marchions jusque-là.

Chemin bétonné à travers la réserve naturelle

Nous avons croisé quelques promeneurs qui sortaient leurs chiens, et depuis la lisière de la forêt, nous entendions déjà le vacarme d’engins de chantier. En nous approchant, nous avons découvert le chemin flambant neuf, pavé de blocs de béton, sur lequel quelques ouvriers s’affairaient encore avec une grosse plaque vibrante. « Ils n’ont quand même pas osé ! » Eh si, ils ont osé ! En plein milieu de la réserve naturelle (je crois même qu’elle fait partie du parc national ; en tout cas, le chemin s’appelle Nationalparkweg Müritz) passe désormais un chemin bétonné pour les cyclistes. Merci aux eurocrates de Bruxelles d’avoir rendu cela possible. Un article de règlement européen impose en effet que les véloroutes soient stabilisées, comme nous l’a appris un riverain. Et là, on ferme volontiers les yeux sur le statut de réserve naturelle. Personne n’a sans doute demandé aux cyclistes si c’est vraiment ce qu’ils veulent. En tant que marcheurs, nous n’avons en tout cas rien trouvé de bon à ce chemin. Tel un corps étranger, le serpent de béton se faufile désormais à travers la forêt – affreux !

Nid de cigognes de Groß Quassow

Au bout de quelques kilomètres, ce chemin-là aussi a pris fin, et nous avons de nouveau marché sur une route asphaltée pour véhicules en direction du hameau de Großquassow. Un pont nous a fait franchir une fois de plus la Steinhavel, qui avait déjà croisé notre chemin à plusieurs reprises. De loin déjà, nous avons aperçu un nid de cigognes habité sur une grande grange. Des cigognes nichent ici depuis 1938 ; elles y ont réussi leur couvée 64 fois et ont élevé 162 petits. Ce nid est ainsi le plus constant de tout le pays de Strelitz, un signe qu’il y a vraiment beaucoup de cigognes qui élèvent leurs petits dans cette région. Cela n’est toutefois pas comparable à la population de cigognes du Camino Francés. Là-bas, nous avons parfois vu jusqu’à 6 nids de cigognes sur une seule église. Pour aller avec l’attraction principale du village, l’auberge locale s’appelle bien sûr « Storchennest ».

Pause au « Storchennest »

Et par chance, elle était déjà ouverte. Nous en avons donc profité pour faire une petite pause. Le patron, très sympathique, nous a servis lui-même et nous a bien sûr interrogés, non sans curiosité, sur notre projet. Comme toujours, nous lui avons tout raconté du chemin parcouru jusque-là et de ce qui nous attendait encore. Il nous a écoutés avec beaucoup d’intérêt. Et peut-être avons-nous aussi dissipé quelques réserves ou préjugés à l’égard des pèlerins. Les pèlerins, et surtout les gîtes pour pèlerins, sont vus par certains riverains du chemin, comme nous l’avons souvent entendu, comme une concurrence pour leur commerce, ce qui expliquerait aussi bien des dégradations volontaires du balisage. On rencontre l’idée que le pèlerin ne cherche qu’un moyen bon marché de passer ses vacances ici. On comprend bien qu’un loueur de chambres d’hôtes ou l’exploitant d’une pension de campagne comme celle-ci, à Groß Quassow, se réjouisse de chaque lit occupé.

Et c’est ainsi que le patron nous a confié ses soucis et nous a décrit tout le mal qu’il se donnait pour faire vivre la pension et le restaurant. Nous lui avons parlé du sens et de l’esprit du pèlerinage, et de notre incompréhension face aux critiques et à leur manque de clairvoyance. Car chaque pèlerin a des connaissances ou de la famille à qui il raconte la splendeur de la région et la gentillesse des gens, et à qui il rapporte des photos. Ou bien il écrit, comme moi, dans un blog de ce genre, accessible à beaucoup. Et comme tout le monde n’est pas attiré par le pèlerinage et toutes les privations qui vont avec, c’est une publicité inestimable et de première main pour la région. Et puis, avec le nombre de pèlerins jusqu’ici, on peut difficilement parler d’une concurrence sérieuse. Nos expériences en Espagne montrent en outre que, justement dans les régions économiquement fragiles, un chemin de pèlerinage peut être un précieux moteur économique. Beaucoup de villages de Castille le long du chemin seraient depuis longtemps des villages fantômes abandonnés sans le Camino.

Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale passe lui aussi en Allemagne pour une région économiquement fragile. Et ce nouveau chemin de pèlerinage est l’une des nombreuses possibilités de dynamiser encore le tourisme ici. On ne peut que souhaiter au chemin, à la région et aux gens d’ici que cela réussisse. C’est justement là où l’offre d’hébergement présente encore des lacunes que la plupart des panneaux sont détruits. Je pense qu’il y a un lien, et qu’il faudra encore un certain travail de sensibilisation pour venir à bout des préjugés.

Église en brique de Groß Quassow

À Groß Quassow, en tout cas, nous nous y étions employés de notre mieux. On nous a souhaité bon chemin et nous avons remis nos sacs à dos sur nos épaules. L’église en brique du village était malheureusement fermée. Avec le recul, puisque la fin de mon récit approche, je peux toutefois écrire que nous avons trouvé les portes ouvertes dans un nombre étonnant d’églises. Bien sûr, ici aussi, on craint les pillages ou le vandalisme. Mais là où quelqu’un a le temps et la possibilité d’ouvrir et de fermer chaque jour, le pèlerin trouve une église ouverte, ce qui, à mon avis, devrait être la normalité sur un chemin de pèlerinage.

En quittant le village, encore une anecdote amusante. Nous avons croisé un « cheval-teckel ». Nous avons ri tous les deux, car on aurait dit que quelqu’un avait enterré un cheval jusqu’aux genoux. Jusqu’à Userin, le village suivant de l’étape du jour, le chemin a des bandes de roulement pavées, sur lesquelles nous avons d’ailleurs croisé assez souvent un véhicule. Au-dessus de nous tournoyaient des cigognes, et les cris perçants des grues résonnaient au-dessus des champs qui brillaient dans la lumière crue du soleil. Seul le bruit d’un avion de chasse nous a de nouveau considérablement agacés et a troublé l’impression paisible que dégageait la région.

le chemin vers Userin

Enclos à chevaux avant Userin

Les chevaux dans un enclos avant Userin semblaient déjà habitués au bruit, car ils ne montraient pas la moindre crainte au grondement des réacteurs de l’avion militaire en pleine montée. Quand on sort d’Userin dans la bonne direction en venant de Groß Quassow, il faut faire bien attention, car le panneau est placé de façon un peu malheureuse, dans le dos du marcheur, et passe donc facilement inaperçu. Dans le village non plus, il n’était pas tout à fait facile de s’orienter. Mais si l’on s’en tient à la description sur le site Internet, on trouve le chemin sans problème. Ici aussi, nous avons de nouveau trouvé un nid de cigognes habité. Userin est un village plutôt joli, avec un grand camp de vacances au bord du lac d’Userin. Nous avons toutefois quitté le village d’un pas quelque peu accéléré. La raison en était, une fois de plus, tout ce qu’il y a de plus naturelle. En tout cas, j’étais une fois de plus content d’avoir emporté suffisamment de papier toilette. Et puisque nous sommes sur le sujet : emportez du papier toilette, s’il vous plaît, et n’utilisez des mouchoirs en papier qu’en cas d’urgence. Car ceux-ci restent éternellement dans la nature. Ils contiennent des substances huileuses qui empêchent le papier de se décomposer rapidement. Utilisés dans les toilettes, ils bouchent souvent les canalisations, et dans les stations d’épuration aussi, les mouchoirs posent des problèmes. Surtout sur les chemins de pèlerinage très fréquentés, on tombe sur ces vestiges évitables à presque chaque endroit propice à un besoin pressant. Bon, assez parlé de ce sujet peu ragoûtant. J’ai maintenant fait assez de sensibilisation à la protection de la nature sur ce thème. Content qu’on en ait parlé !

Pause près de la Prälank Siedlung

Soulagés, nous avons poursuivi dans une forêt ombragée qui, en cette journée très chaude, apportait une agréable fraîcheur, mais aussi des moustiques. Une fois sortis de la forêt, nous avons fait une pause près de la Prälank Siedlung, un ensemble de quelques rares maisons auxquelles ne mène même pas une route stabilisée. « Ils habitent bien au calme ici, c’est idyllique », a dit Andrea. Mais elle a ajouté dans la foulée qu’en hiver ou par mauvais temps, les choses peuvent vite devenir difficiles ici. L’idylle, c’est ce qui saute aux yeux au premier regard. Le quotidien est sûrement tout autre, surtout une fois qu’on s’est habitué à l’environnement. Alors vite, repartons avant de nous y habituer. Les petits pains garnis le matin ont eux aussi vite été mangés, et nous nous sommes donc relevés du petit banc.

Nid à moustiques

La forêt suivante ne s’est pas fait attendre longtemps. Et une fois de plus, nous avons dû sortir en vitesse l’« Antibrumm » du sac à dos, car près du chemin on voyait entre les arbres de nombreux endroits marécageux, foyer d’une véritable invasion de moustiques. Quelques-uns de ces fléaux avaient toutefois déjà réussi à venir chercher leur déjeuner chez nous. Ils avaient même frappé sur la tête, à travers les cheveux : surtout ne pas se gratter ! Sinon, c’est encore pire. De retour au soleil, nous nous étions enfin débarrassés de l’essaim de moustiques. Par une petite route asphaltée et un chemin bétonné, nous avons atteint Torwitz et, à l’entrée du village, nous avons pris un chemin de terre bordé de saules qui suit, à une certaine distance, la rive du Zierker See.

Grues sur la rive du Zierker See

Dans les prés entre le chemin et le lac s’ébattait toute une volaille. On pouvait y voir des hérons, des oies sauvages, des cigognes et bien sûr aussi des grues. Et nous avons pu nous approcher d’eux de façon inhabituellement près. Ces oiseaux, d’ordinaire très farouches, étaient sans doute devenus un peu plus confiants à cause de la proximité de la ville. On pouvait en effet déjà voir Neustrelitz d’ici. La tour caractéristique de l’église de la ville pointait entre les arbres. Il restait pourtant encore quelques kilomètres, car le Zierker See se trouvait encore entre nous et la ville. Nous avons laissé sur notre gauche le village de Zierke, qui a donné son nom au lac. Nous y étions déjà venus deux ans plus tôt. C’est là aussi que nous avions vu pour la première fois les panneaux à coquille et que nous avions, sans le savoir, déjà marché une fois sur ce chemin de pèlerinage. Ce n’est que plus tard que nous avons appris l’existence du chemin. Comme je l’ai déjà écrit, nous nous étions d’abord étonnés de l’utilisation de la coquille comme balisage.

Ponton au bord du Zierker See

Le joli ponton couvert du Zierker See, que nous avons atteint peu avant Neustrelitz et d’où l’on a une belle vue sur le lac, nous était donc déjà connu. En traversant le terrain de la marina de la ville, nous avons suivi le chemin en zigzag et nous nous sommes bientôt retrouvés devant le petit bassin du port. Quelques bateaux d’excursion étaient amarrés. Les terrasses du café et du restaurant installés dans l’ancien entrepôt restauré du port étaient déjà de nouveau bien fréquentées. Nous sommes toutefois allés sur la presqu’île de Helgoland. Oui, à Neustrelitz, Helgoland est une presqu’île. Il n’y a d’ailleurs qu’une seule maison dessus. Et c’est une auberge riche en traditions, que nous connaissions déjà. Et là où l’on a ses repères et de bons souvenirs, on aime revenir. Comme l’heure d’arrivée annoncée au Borwinheim était encore loin, nous avions largement le temps de prendre un café, ou une bière.

nous retrouvons Anne

Plutôt du coin de l’œil, j’ai soudain aperçu à une certaine distance un sac à dos vert orné de petites fleurs en plastique qui me disait vaguement quelque chose. Mais oui, c’était la pèlerine que nous avions déjà rencontrée à Wokuhl. Et qui faisait le chemin dans le sens inverse du nôtre. Quel hasard de nous retrouver maintenant, car justement, dans une ville, il y a vraiment beaucoup de chemins sur lesquels on peut se croiser sans se voir. À l’étonnement d’Andrea et de la serveuse avec qui nous étions en train de discuter, j’ai bondi pour courir après Anne, qui repartait justement vers la ville. Elle était tout aussi surprise que nous de nous revoir. Je l’ai invitée à prendre un café et nous avons bien sûr bavardé de ce que nous avions vécu entre-temps. Puis nos chemins se sont de nouveau séparés. Nous voulions rejoindre notre hébergement, et elle comptait encore marcher jusqu’à Mirow. « On se croise toujours deux fois dans la vie », lui ai-je dit en guise d’au revoir, tout en sachant que c’était déjà notre deuxième fois. Mais pourquoi pas trois ? J’ai vite noté son adresse e-mail.

Notre couchage au Borwinheim

Au Borwinheim, comme on nous l’avait demandé, nous avions appelé la veille de notre arrivée pour nous annoncer. Un nouvel appel nous avait confirmé qu’on nous attendait bien. Un monsieur aimable, dont le nom m’échappe malheureusement, nous a accueillis et nous a fait visiter, avec force explications, l’immense bâtiment, qui venait tout juste de rouvrir après une rénovation coûteuse de plusieurs millions. J’ai été particulièrement impressionné par la grande salle avec son orgue intégré. « Peut-être que notre chantre viendra encore répéter », nous a dit le monsieur. « Cela me ferait très plaisir », ai-je répondu. Malheureusement, il n’est pas venu. Nous sommes allés chercher deux matelas au grenier et nous nous sommes installés confortablement dans la petite salle. Il y avait là énormément de place, et nous avons largement étalé nos affaires pour remettre enfin un peu d’ordre dans nos sacs à dos. Une lessive en machine aurait aussi été possible ici. Mais nous n’en avions pas besoin. Nous avons posé les matelas sur un tapis moelleux qui se trouvait dans un coin de la grande pièce. Et ainsi, nous avions cette fois de nouveau un couchage très confortable, en tout cas sans comparaison avec la nuit précédente !

Panorama de la place du marché de Neustrelitz

Après la douche, nous voulions encore faire un tour en ville. Neustrelitz, nous la connaissions déjà de notre précédente visite, et nous n’avions donc pas besoin de nous lancer dans un grand circuit touristique. Je ne voudrais toutefois pas manquer de dire que Neustrelitz vaut tout à fait le détour.

La place du marché de Neustrelitz

Le plan intéressant de la ville, au centre duquel se trouvent la place du marché avec l’église de la ville et sa tour caractéristique, ainsi que l’hôtel de ville, est sans égal. Cette ville de résidence baroque a été conçue sur la planche à dessin. Huit rues droites comme des i partent de la place du marché vers les points cardinaux et intermédiaires pour sortir de la ville, ou se rejoignent en son centre. Dans le quartier du château tout proche, on peut visiter, outre le très beau parc avec le temple d’Hébé et de nombreuses sculptures, l’église du château, l’orangerie, les écuries, le Carolinenstift et le Carolinenpalais. Le château lui-même n’existe malheureusement plus depuis 1945. Une construction d’échafaudages, tendue de bâches sur lesquelles la façade est imprimée, fait toutefois renaître la silhouette de l’ancien château. L’église du château est l’œuvre de l’architecte Friedrich Wilhelm Büttel, dont nous avions désormais croisé les bâtiments dans bien d’autres localités le long du chemin.

le strelitzia en métal

Nous sommes passés devant le strelitzia en acier inoxydable qui brille au soleil sur un îlot de circulation près du port. La ressemblance entre le nom de la fleur et celui de la ville de Neustrelitz, par leur racine, n’est pas un hasard. Indirectement, c’est Neustrelitz qui a donné son nom à la plante. En effet, un naturaliste anglais a baptisé en 1773 la beauté qu’il avait découverte en Afrique du Sud « Strelizia Reginae », en l’honneur de la reine d’Angleterre. La reine d’Angleterre de l’époque était née princesse Sophie Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. Eh oui, les voyages forment la jeunesse ; ça, je ne le savais pas non plus avant, mais je ne m’étais pas vraiment posé la question. Certains appelleraient cela du « savoir inutile ». Ce qui ne serait certainement pas inutile, en revanche, c’était de trouver maintenant quelque chose à manger. Au port, il y a une halle aux poissons. Elle s’appelle « zum Fischerhof » ; on y trouverait paraît-il du poisson frais et on peut y manger un petit quelque chose. Car nous n’avions pas très faim.

Un orage se prépare ?

Un sandwich au poisson dans ce snack nous a donc suffi. Je ne voudrais vraiment pas qualifier l’endroit de plus que cela. L’état extérieur de l’établissement correspondait à peu près à l’apparence de la vendeuse de poisson. On avait bien du mal à chasser cette vision de son esprit en mangeant son sandwich. Le monsieur qui nous avait accueillis au Borwinheim nous avait d’ailleurs déjà prévenus. Pourquoi cela ne nous avait-il pas frappés dès notre première visite ? À l’époque, nous nous étions installés confortablement dans les chaises de plage en osier, et nous avions trouvé très agréable d’y être assis, de boire un verre et de contempler le lac. C’est ce que nous avons fait à nouveau, et au-dessus d’un bateau-dragon glissant sur le lac, nous avons vu un ciel de plus en plus sombre. Quelque chose se préparait, et nous devions craindre d’être encore mouillés aujourd’hui sur le chemin du retour. Nous avons donc levé le camp. Mais notre « Au revoir », nous ne le pensions pas vraiment. Le mauvais temps et ses nuages sombres sont passés, et nous avons ainsi pu rester encore un moment dehors, dans la cour, autour d’une bouteille de vin.

grande salle du Borwinheim

Mais auparavant, nous avons encore eu de la visite. L’après-midi, on nous avait déjà présentés, outre au pasteur, à l’ancien chantre du Borwinheim. Je ne sais pas si sa visite du soir était un prétexte pour nous contrôler, nous qui avions les clés de la maison, ou s’il voulait vraiment chercher des partitions, comme il le disait. Lors de la remise des clés, on nous avait recommandé de toujours tout fermer consciencieusement, car des cambrioleurs s’étaient déjà introduits dans la maison, ou des vagabonds qui s’y étaient laissé enfermer. Son inquiétude pour la sécurité de la maison était donc certainement justifiée. D’autant plus qu’apparemment, il ne savait pas trop quoi penser du pèlerinage. Il nous a en effet demandé combien nous étions dans notre groupe. Il avait vu nos affaires étalées dans la petite salle et se demandait combien de personnes avaient bien pu apporter tout ça. Sa deuxième question, sur nos vélos, et notre réponse, que nous n’étions que deux et à pied, n’ont fait que rendre sa perplexité encore plus évidente. Il n’arrivait sans doute tout simplement pas à imaginer qu’on puisse porter sur son dos tout ce dont on a besoin et s’en sortir ainsi sur des centaines de kilomètres pendant plusieurs semaines. À sa décharge, je dois dire qu’il y a trois ans, je ne pouvais pas me l’imaginer non plus.

Conscients d’être tout seuls dans cette grande maison et nous souvenant des récits effrayants de notre hôte, nous nous sommes blottis dans nos sacs de couchage. L’histoire des cambrioleurs ne laissait visiblement pas Andrea tout à fait tranquille, et elle a entendu des bruits étranges dans la nuit. J’étais justement dans ma première phase de sommeil profond quand elle m’a réveillé, et pour la rassurer, j’ai essayé de découvrir l’origine du bruit, ou du moins de le localiser. Je n’en étais pas sûr non plus, mais j’ai réussi à convaincre Andrea que les bruits venaient de dehors. Entre-temps, un peu de vent s’était levé, et qui sait ce qui peut bien voler dans l’arrière-cour du supermarché voisin et, n’étant pas bien fixé, lancer des bruits étranges dans la nuit.

Par précaution, j’ai alors fermé à clé la porte de notre chambre…

… on ne sait jamais !

Étape 10 : Neustrelitz – Zippelow (17 km)

Les nuages sombres de la veille se sont dissipés, et c’est ainsi que nous sommes repartis pour une journée radieuse. Une fois nos affaires rangées dans les sacs à dos et les matelas remis au grenier, nous avons rendu la clé et quitté le Borwinheim. Pour le petit-déjeuner, la proximité immédiate du supermarché était bien pratique.

Départ du Borwinheim à Neustrelitz

Il y a là un boulanger et aussi un boucher. Aujourd’hui encore, nous n’étions pas très pressés, car il n’y avait que 17 kilomètres jusqu’à Zippelow. Nous avons donc discuté au moins une heure avec nos voisins de table, un couple âgé qui nous a raconté la moitié de sa vie. Mais vers 9 heures, il était grand temps de partir, et la fin de la journée allait confirmer que c’était une bonne chose.

Le long de la B97

Le chemin pour sortir de Neustrelitz passe par la Glambecker Straße. Après un grand carrefour, il nous a menés sur quelques kilomètres le long de la B97. Nos craintes de devoir longer cette route nationale très fréquentée sur un tronçon ennuyeux ne se sont heureusement pas confirmées. Entre la chaussée et la piste cyclable asphaltée se trouve une large bande verte plantée d’arbres et de buissons, qui rend le trajet à pied supportable. Contrairement à l’itinéraire que j’avais prévu à l’avance, nous avons aussi quitté la B97 bien plus tôt, sur la gauche, pour prendre le Königin Louise Weg. De Hohenzieritz, le village suivant vers lequel nous marchions désormais, jusqu’ici, on peut en fait se fier au balisage du Königin Louise Weg.

Le Königin Louise Weg dans la région des lacs des sources de la Havel

Il correspond à 100 % au tracé du chemin de pèlerinage. C’est aussi pour cette raison que j’ai renoncé à documenter les coquilles manquantes ou détruites. Ce très beau chemin traverse presque continuellement, en légères ondulations, une épaisse forêt de feuillus. Ici et là, on trouve un petit lac ou un filet d’eau au bord du chemin. Rien d’étonnant, puisque nous parcourions ici la région des sources de la Havel. Dans ce secteur, nous nous trouvions sur une sorte de ligne de partage des eaux. Alors que presque tous les lacs au sud d’ici étaient reliés d’une manière ou d’une autre à la Havel, naturellement ou par un canal, le Tollensesee se trouve pour ainsi dire de l’autre côté de la montagne. C’est en lui que prend sa source la Tollense, qui se jette plus tard dans la Peene. Il est donc relié à la mer Baltique. Sur la rive ouest du Tollensesee s’étend un paysage de moraines terminales. Sur de courtes distances, il y a des dénivelés de plus de 100 mètres. Et c’est ainsi que, en direction de Hohenzieritz, le chemin monte maintenant presque sans arrêt. À l’entrée du village, nous avons observé les activités des pompiers volontaires locaux. Tandis que les « anciens » se tenaient à côté de leur véhicule et nous suivaient d’un regard étonné, les jeunes sapeurs-pompiers traînaient les tuyaux dans tous les sens. Eux au moins ont de la relève, me suis-je dit. Chez nous, les pompiers s’éteignent lentement. Une tradition de plus de 100 ans touche à sa fin, c’est bien dommage. Mais, avec mes 55 ans, je suis de loin le plus jeune pompier de notre village. Et pour des raisons d’âge, nous n’avons plus le droit d’intervenir activement quand il y a le feu. Nos activités d’extinction se limitent donc désormais, une fois par mois, à étancher notre soif, pour le plus grand bonheur des bistrots du coin.

Entrée de Hohenzieritz

deuxième petit-déjeuner

Mais revenons au chemin : nous aussi, nous avions soif après la montée sous un soleil de plomb. « Ça va tourner à l’orage aujourd’hui », me suis-je dit. Et j’espérais que l’orage attendu n’éclaterait qu’une fois que nous aurions atteint Zippelow. Les restaurants de Hohenzieritz se préparaient apparemment en toute tranquillité à la Pentecôte toute proche, car malheureusement tout était fermé. Il ne nous restait donc plus qu’à nous asseoir sur un banc un peu bancal devant l’entrée du parc du château et à manger les réserves que nous avions emportées, quelques mini-saucissons et deux petits pains caoutchouteux. Mais j’ai vite sonné le départ. Hohenzieritz ne donnait pas non plus l’impression de vouloir nous retenir. Le château, nous ne l’avons donc regardé que de loin. Une visite approfondie aurait pris trop de temps. Avant de poursuivre, encore une remarque importante : contrairement à ce qui est publié sur le site Internet, il n’y a pas d’hébergement au presbytère de Hohenzieritz. C’est d’ailleurs ce qu’a répondu le pasteur local quand je l’ai contacté avant notre voyage. Je cherchais un hébergement dans la région, car le gîte de Prillwitz initialement prévu (là aussi, soit dit en passant, contrairement à ce qu’indique le site) n’était pas encore disponible non plus.

Belle vue sur le Tollensesee et vers Prillwitz

En quittant Hohenzieritz, on a une belle vue sur le Tollensesee et on aperçoit déjà le village de Prillwitz, situé au bord du lac Lieps. Le Lieps est relié au Tollensesee par une zone marécageuse. La route qui mène à Prillwitz descend assez raide. Les pèlerins qui suivent la branche ouest du chemin peuvent donc s’attendre à une montée à la sueur de leur front après Prillwitz, et espérer qu’il ne fasse pas trop chaud, ou du moins que le petit café de Hohenzieritz soit ouvert. À Prillwitz, nous avons d’abord visité la très belle chapelle « du Bon Pasteur », offerte par le nouveau propriétaire du pavillon de chasse. Elle a été construite en 2011 avec des briques de plus de cent ans.

Chapelle du Bon Pasteur

Église de Prillwitz

Presbytère de Prillwitz

L’église protestante du lieu date du Moyen Âge et était à l’origine une église en brique. En 1730, elle a été transformée en construction à colombages, et en 1893 elle a reçu une tour de style néogothique. Outre la très belle chaire et l’autel sculpté, c’est la loge seigneuriale avec ses nombreux blasons de famille qui attire ici le regard. À côté de l’église, nous avons déjà pu constater l’avancement des travaux de transformation du presbytère. Un hébergement doit y être proposé aux pèlerins à partir de l’automne. Nous avons alors fait un petit détour pour aller à l’embarcadère de Prillwitz. Il existe une liaison régulière en bateau depuis le Lieps, à travers le Tollensesee, jusqu’à Neubrandenburg. À droite du chemin qui y mène, on a vue sur un très beau parc paysager, à l’extrémité est duquel se trouve le pavillon de chasse déjà mentionné. Le pavillon de chasse a une histoire mouvementée. Outre le manoir du XVIIIe siècle qui existe toujours, il a été construit en 1890 par le grand-duc Frédéric-Guillaume II de Mecklembourg-Strelitz pour son fils ; après 1945, il a été pillé et utilisé pour héberger des réfugiés. En 1955, l’Energiekombinat Neubrandenburg a repris la maison comme centre de vacances. Malgré quelques travaux de transformation dans l’air du temps, le château a ainsi au moins été sauvé de la ruine. Depuis 1995, le château est un hôtel avec restaurant ; depuis 2006, la maison appartient à un propriétaire privé et a été restaurée avec goût. Les travaux de transformation sont toujours en cours. Le parc est resté ouvert au public, avec quelques restrictions. Et c’est ainsi que nous avons vu quelques personnes s’y promener et beaucoup d’enfants y jouer.

Embarcadère de Prillwitz

À l’embarcadère, nous avons rencontré quelques joyeux excursionnistes à vélo, qui faisaient une pause ici avec quelques bouteilles de bière, du café et un casse-croûte. Dès notre salut, nous avons été démasqués comme Saxons. Un brin de causette, et nous avons continué jusqu’au ponton. À côté se trouve une plage de baignade, et deux dames assez corpulentes s’étaient même aventurées dans les eaux froides du Lieps. D’une île du lac nous parvenaient les cris de centaines d’oiseaux. Des centaines de cormorans y avaient déjà pris le pouvoir. Leurs fientes avaient presque entièrement dépouillé les arbres de leurs feuilles.

Le Lieps

Le Lieps fait partie de la réserve naturelle de Nonnenhof, d’une superficie de 1 049 hectares. Quelque 170 espèces d’oiseaux y trouvent leur zone de nidification. La loutre et diverses espèces rares de chauves-souris y sont également chez elles. Chaque année, pendant la migration, jusqu’à 17 000 oies rieuses et oies des moissons, ainsi que diverses espèces de canards, y font halte. Contrairement au Tollensesee tout proche, toute navigation privée y est interdite. Même la pêche y est interdite. Seuls les bateaux de passagers ont le droit de circuler. Mais il n’y en avait aucun à l’horizon. Peu importe, nous voulions de toute façon ne parcourir à pied que demain le reste du trajet jusqu’à Neubrandenburg. Nous sommes donc revenus par le même chemin jusqu’au centre de Prillwitz, pour le quitter en direction de Zippelow, notre but du jour. L’étroite route asphaltée est bordée de saules têtards séculaires, et dans les prés paissaient des vaches d’une race impressionnante de massivité.

Hébergement pour pèlerins à Zippelow

Au bout de très peu de temps, nous avons atteint les premières maisons de Zippelow. Une montée rude, et voilà déjà le village terminé, du moins c’est ce que nous avons cru d’abord. Mais sur la droite, un panneau de gîte bleu et jaune brillait sur une boîte aux lettres, avec derrière le numéro 6a (ce minuscule village n’a pas de noms de rue) : une ancienne étable aménagée avec beaucoup d’ardeur et de créativité. Trois jeunes familles se sont associées ici et ont accompli un petit miracle. Et deux d’entre elles ouvrent aussi leur maison aux pèlerins. Pendant le week-end de la Pentecôte, nous avions eu quelques difficultés à trouver encore des hébergements libres. Et ainsi, l’hébergement chez Mme Falk était en fait déjà complet quand j’avais demandé par téléphone. Peu importe, c’est justement pour cela que j’avais trimballé ma tente dans mon sac à dos pendant tout le chemin. J’ai toutefois appris, presque un peu déçu, que la famille annoncée n’était finalement pas venue et que nous pouvions loger dans la maison. C’est uniquement parce que le ciel s’assombrissait de façon menaçante et qu’une forte pluie a commencé peu après que j’ai cédé et laissé la tente dans sa housse. Le soulagement se lisait sur le visage d’Andrea. On monte deux étages pour arriver dans une chambre très joliment aménagée sous le toit de la vieille maison. Un jus de pomme maison nous attendait sur la table en guise de bienvenue.

notre chambre

Une confortable banquette double attendait nos sacs de couchage. Bon, d’accord, tout cela était sûrement bien plus confortable que de dormir sous la tente. Ce qui m’a contrarié, c’est seulement qu’Andrea ait eu raison, puisqu’elle avait dit dès le départ que nous n’aurions de toute façon pas besoin de la tente. Mais je me suis souvenu de la belle phrase de Krümel, notre ami de Neubrandenburg, qui avait lui aussi emporté une tente sur son chemin de pèlerinage à travers l’Espagne : « Je ne me suis jamais servi de la tente, mais j’en avais besoin pour la tête. » Et c’est exactement pareil pour moi. Je me sens plus détendu quand je sais où et comment je poserai ma tête le soir. Peut-être que je surmonterai cela un jour. Mais pour l’instant, je dois m’en accommoder et en porter les conséquences. Aussi beau que fût l’hébergement, nous avions cependant encore un problème : le repas. Nous avions cherché en vain un endroit où faire des courses sur le chemin du jour, et la soirée risquait donc d’être maigre. Mais Mme Falk nous a invités, et nous avons mangé dans sa cuisine pleine de cachet une sorte de tarte aux épinards (il y a sûrement un autre nom pour ça, je ne m’y connais pas très bien), qui était très bonne. Nous étions un peu gênés. Mais nous ne voulions pas refuser l’hospitalité que ces gens si gentils nous offraient. Le magasin le plus proche se trouvait à Penzlin, à environ 7 kilomètres de Zippelow. À pied, c’est beaucoup trop loin en fin d’après-midi. J’ai donc emprunté un vélo pour y aller après l’orage et faire encore quelques courses. Houlà, et comme ça montait et descendait ! Et puis cette bécane inhabituelle – il nous a fallu un moment pour nous habituer l’un à l’autre. Mais une chose est vite devenue claire : sans changement de vitesses, j’aurais dû pousser à certains endroits. Ce paysage de moraines terminales n’est pas de tout repos, avec ses montées courtes et raides. Et je ne suis pas du tout un bon grimpeur, ce qui tient sûrement à mon surpoids. Au loin, je voyais les tours de la massive église de Penzlin. Mais le bourg ne voulait tout simplement pas se rapprocher. À chaque descente, je pensais déjà au retour. C’est surtout pour entrer dans le bourg que la descente était longue. De plus, le seul supermarché encore ouvert se trouvait à l’autre bout de Penzlin.

Vue depuis la fenêtre de notre hébergement

Peu avant la fermeture, je me suis retrouvé à la caisse avec mon panier : quelques petits pains, un morceau de fromage, un peu de saucisson sec, deux bouteilles de bière (après cette virée, je les avais bien méritées !) et une bouteille de vin rouge. Avec le lourd sac à dos sur le dos, nous avons, mon vélo et moi, gravi les côtes en soufflant encore plus fort, mais nous les avons dévalées d’autant plus vite. Un peu envieux, j’ai suivi des yeux un cycliste sur son vélo de course, qui m’a littéralement laissé sur place dans une montée. « Si j’avais mon vélo de course ici ! Tu verrais ! » aurais-je voulu lui crier. Mais comme ça, j’étais content que le vélo de dame ait au moins un braquet de grimpeur. Au bout d’environ une heure, j’étais de retour à Zippelow, et presque au sec. Peu après mon arrivée, il s’est remis à pleuvoir plus fort. Nous nous sommes donc réfugiés sous un abri à voiture, avons vidé notre bouteille de vin rouge et contemplé la belle maison qui nous servait ici de gîte.

Et j’étais maintenant moi aussi bien content de ne pas devoir dormir sous la tente.

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